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C’est prouvé, les marchés sont déconnectés de la réalité !

Par Gilles Pouzin
Deux chercheurs en finance explorent les liens fragiles entre les marchés et la réalité…

On a tous besoin d’explications. Même face aux phénomènes les plus mystérieux, comme l’évolution des marchés financiers. Deux chercheurs en finance de l’Université Panthéon-Sorbonne ont profité de la crise du coronavirus/Covid pour se pencher sur ces questions : peut-on expliquer l’évolution des marchés en mesurant l’impact de critères précis ? Les marchés prennent-ils en compte l’ensemble des informations dont ils disposent ? En un mot, réagissent-ils rationnellement au regard des éléments fondamentaux connus ?

Les marchés boursiers ne sont pas l’économie. Dans la revue Covid Economics, Gunther Capelle-Blancard et Adrien Desroziers consacrent un article de 40 pages (p.29 à 69) à cette question récurrente : pourquoi les marchés sont-ils déconnectés de la réalité ? Bourré de références académiques et d’équations dans tous les sens, cet article n’est pas d’une lecture abordable pour le commun des mortels. Mais nous en avons repris quelques extraits, traduits en français, pour en donner un premier aperçu aux lecteurs souhaitant approfondir davantage cette réflexion.

Après une première vague de panique, la vive reprise observée sur la plupart des marchés boursiers a une fois de plus surpris les experts. « Alors que l’économie mondiale connaissait la pire récession depuis la Grande Dépression des années 1930, les réactions des marchés boursiers ont soulevé des inquiétudes. Certains économistes, incluant des prix Nobel, ont vu ces réactions comme des preuves que les marchés ne sont pas efficients, tandis que d’autres ont mis en avant la difficulté à appréhender le flux d’information sur la pandémie et ses conséquences.

L’article explore comment les marchés ont intégré les informations sur le Covid-19, les fermetures d’activité et les politiques de relance.

Bien que le choc du Covid-19 ait été mondial, tous les pays n’ont pas été impactés de façon identique. Les chercheurs ont examiné les données pour 74 pays, de janvier à avril 2020.

Ils décrivent quatre phases de réactions des marchés : 1) les marchés ont initialement ignoré la pandémie (jusqu’au 21 février), puis ont fortement réagi à la multiplication des infections (du 23 février au 20 mars) avec une accélération de la volatilité. Après les interventions des banques centrales, les investisseurs n’ont plus semblé perturbés par l’actualité de la crise sanitaire, et les cours ont rebondi dans le monde entier (du 23 mars au 30 avril).

2) Les caractéristiques propres à chaque pays semblent ne pas avoir eu d’influence sur les réactions des marchés.

3) les investisseurs ont été sensibles au nombre de cas de Covid-19 dans les pays voisins et riches.

4) Les facilités de crédit, garanties gouvernementales, les politiques de réduction des taux d’intérêt, et les mesures de confinement, ont atténué les baisses de cours localement.

Leurs travaux démontrent que les marchés ont été globalement moins sensibles à la situation économique de chaque pays avant la crise, qu’à leurs réactions à court terme durant la crise. Néanmoins, les indicateurs étudiés n’expliquent qu’une petite partie de variations de cours, si bien qu’on ne peut nier que le lien entre l’évolution des cours et la situation fondamentale est très lâche.

Dans l’une de ses colonnes influentes du New York Times, Paul Krugman a dit tout haut ce que beaucoup pensaient (Krugman, 2020). Étant donné l’énorme écart entre l’aggravation de la situation sanitaire et les cours des actions, il y avait lieu de s’inquiéter véritablement de ce qui se passait. « La relation entre la performance des actions – principalement tirée par l’oscillation entre la cupidité et la peur (greed and fear)- et la croissance économique réelle a toujours été quelque part entre lâche et inexistante », écrivait Krugman.

Robert Shiller: « les histoires contagieuses sur le coronavirus avaient leur propre dynamique interne qui n’était que vaguement liée aux informations sur la vérité réelle » (photo © GPouzin)

Krugman ne mettait pas seulement en doute le lien entre les marchés boursiers et l’économie, il mettait en cause la théorie des marchés efficients (Efficient Market Hypothesis EMH). Selon cette théorie, formulée par Eugène Fama en 1970, les prix des titres négociés en Bourse reflètent les informations disponibles pour évaluer leur valeur fondamentale.

D’autres économistes ont modéré cette opinion. Burton Malkiel estime que l’irrationalité des marchés n’est qu’apparente et que la théorie des marchés efficients n’implique pas que les cours soient toujours « corrects », au regard de la situation fondamentale. Robert Shiller estimant pour sa part que « les histoires contagieuses sur le coronavirus avaient leur propre dynamique interne qui n’était que vaguement liée aux informations sur la vérité réelle ».

Quelles nouveautés la crise du Covid-19 peut-elle nous apporter sur les comportements des marchés financiers ? Il est important de s’inquiéter de ce que le grand public pense de la finance.

Alors que l’évolution des marchés boursiers au cours de la pandémie peut sembler aléatoire, irrationnelle, voire folle à première vue, à y regarder de plus près, ils n’ont pas réagi aveuglément. Premièrement, le rebond date précisément du moment où les autorités monétaires, Fed en tête, ont annoncé des plans de soutien (Haddad et al., 2020). La Fed a annoncé un plan incluant jusqu’à 2300 milliards de dollars de prêts pour soutenir les ménages, employeurs, marchés financiers, collectivités locales et gouvernementales.

Deuxièmement, plusieurs études ont montré que les marchés ont bien décoté les sociétés les plus exposées, les plus fragiles, etc. (Alburque et al., 2020; Ding et al., 2020; Fahlenbrach et al., 2020, Ramelli and Wagner, 2020). Les baisses sur les marchés seraient aussi liées aux révisions de prévisions des analyses financiers, au moins à moyen terme (Landier and Thesmar, 2020).

Mais comment les marchés ont réagi à la pandémie, alors que les situations étaient très variables selon les pays ? Les premiers cas sont apparus en Chine au tout début 2020, alors que le virus n’a touché d’autres pays que deux mois plus tard (Irlande, Nouvelle Zélande). Fin avril, le taux de contamination confirmée était inférieur à 0,01% (moins de 1 pour 10 000) dans certains pays (Japon, Argentine…) et supérieur à 0,3% (plus de 30 pour 10 000) dans d’autres (Espagne, USA…). Les mesures de lutte contre la pandémie ont aussi varié selon les pays, qu’il s’agisse du port du masque, ou des mesures de confinement, certains étant strictes (Taiwan) et d’autres laxistes (Brésil, Suède…).

Comment ces mesures ont-elles été prises en compte par les investisseurs ? Ce n’est pas clair. La Suisse et les USA ont eu un taux de Covid-19 très élevé par habitant (>0,3%), mais leurs marchés d’actions ont bien résisté, ne perdant que 11% de janvier à avril, tandis que l’Italie et l’Espagne, avec un taux de contamination similaire, ont vu leurs Bourses chuter de plus de 30%.

Etudes empiriques sur l’impact du Covid-19

Il ne fait aucun doute que le COVID-19 laissera de profondes cicatrices sur l’économie (Baldwin et di Mauro, 2020, Bénassy-Quéré et di Mauro, 2020). Les enquêtes préliminaires sur la pandémie de COVID-19 et les confinements associés font état de coûts considérables (Barro et al., 2020; Coibion et al., 2020a) et d’effets sur le bien-être (Hamermesh, 2020; Pindyck, 2020), un impact énorme sur les marchés du travail à court terme (Coibion et al., 2020b; Lozano Rojas et al.2020) et probablement à long terme (Barrero et al., 2020; Gregory et al., 2020), en particulier pour les plus vulnérables (Alstadsæter et al ., 2020; Montenovo et al., 2020). Jordà et al. (2020) considèrent douze pandémies antérieures à partir du 14ème siècle et constatent que les effets macroéconomiques persistent pendant une quarantaine d’années.

Gormsen et Koijen (2020) étudient les contrats à terme sur dividendes et montrent que la baisse des cours des actions est due à la fois aux changements dans les attentes des investisseurs et aux taux d’actualisation. Giglio et al. (2020) interrogent les investisseurs individuels en février, mars et avril 2020 et montrent qu’ils sont devenus plus pessimistes à court terme, mais pas à long terme. [ndlr, une étude de l’AMF montre que les particuliers ont investi pendant la crise en mars].

Au niveau des entreprises, Ramelli et Wagner (2020) montrent d’abord de fortes différences entre les secteurs: les services de télécommunications ont relativement bien performé, tandis que l’énergie et les services aux consommateurs ont été parmi les plus grands perdants.

Landier et Thesmar (2020) examinent les prévisions des analystes au niveau des entreprises américaines et constatent que leurs révisions à la baisse sont cohérentes avec la baisse des actions observée sur toute la période entre janvier et mai 2020, mais pas avec la baisse maximale au cours de cette période, ce qui suggérerait une réaction excessive pendant la phase de fièvre.

Fahlenbrach et al. (2020) étudient la relation entre les caractéristiques de l’entreprise et les cours des actions. Ils examinent environ deux mille entreprises américaines en février et mars 2020 et montrent que celles ayant le moins de flexibilité financière ont connu des scores boursiers moins bons jusqu’au 23 mars et ont davantage profité de la relance du 24 mars. Alburque et al. (2020) et Garel et Petit-Romec (2020a, b) constatent que de meilleures notes ESG ont atténué la baisse du cours des actions.

Un troisième groupe d’études porte sur l’analyse comparée des effets de la crise entre pays. Ru et al. (2020) examinent 65 pays, et montrent que les marchés boursiers ont réagi plus rapidement et plus fortement dans les pays ayant souffert auparavant de l’épidémie de SRAS de 2003. Gerding et al. (2020) considèrent près de trente mille entreprises dans plus de cent pays du 2 janvier au 7 avril, et montrent que les réactions des cours des actions ont été plus fortes dans les pays où le ratio dette / PIB est plus élevé.

Asharaf (2020), utilisant un échantillon de 64 pays entre le 22 janvier et le 17 avril, suggère que les marchés boursiers ont réagi plus fortement à la croissance des cas confirmés de Covid-19 plutôt qu’à ceux des décès, mais uniquement pendant les premiers jours de la pandémie dans chaque pays. Il suggère également que ces effets n’ont persisté que pendant 40 à 60 jours.

Dans l’ensemble, il semble que les marchés boursiers ont intégré de nouvelles informations, au moins partiellement, sur le Covid-19, comme le prévoit l’hypothèse des marchés efficients. En effet, la plupart des intuitions que l’on pouvait avoir concernant l’impact différentiel entre les entreprises, les secteurs et les pays semblent confirmées.

Cependant, des questions demeurent. Les études utilisant des données d’entreprises sont très utiles pour évaluer la valorisation des actions, mais elles n’expliquent pas les mouvements de chute et rebonds des marchés dans leur ensemble.

Data

Pour évaluer l’impact de la pandémie de COVID-19 sur les marchés boursiers, ils ont collecté des données pour 74 pays entre le 2 janvier et le 30 avril 2020. Le rendement moyen journalier est de -0,24%, avec un minimum de -18% et un maximum de + 13%, ce qui montre la très forte variabilité des prix sur cette période, malgré la baisse générale.

L’indice boursier S&P 500 a atteint un record historique le 19 février 2020, malgré le fait que la terrible nouvelle de pandémie COVID-19 afflue depuis près d’un mois. En particulier, dès le 30 janvier, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a déclaré une «urgence de santé publique de portée internationale». Le jour du pic de la Bourse américaine, le nombre de cas confirmés dans le monde avait déjà dépassé 75 000, avec plus de 2 000 décès signalés. Puis, le 23 mars, le S&P 500 a chuté de 34% par rapport à son sommet. La baisse des prix a été extrêmement rapide. Au 8 juin, le S&P 500 n’était en baisse que de 5% par rapport à son sommet, le ramenant au même niveau qu’en janvier 2019.

Les marchés boursiers semblent avoir mal anticipé les conséquences économiques de la pandémie de COVID-19, même s’ils n’étaient pas les seuls à avoir sous-estimé ses effets. Rétrospectivement, étant donné le vent de panique qui a secoué le monde fin février, il n’est pas surprenant que les marchés boursiers aient tant chuté. Ce qui reste frappant, c’est le rebond massif qui a suivi, alors que les commandes de séjours à domicile ont proliféré quelque part, les cas ont grimpé à plus de trois millions et les décès ont atteint plus de 200 000 dans le monde. (p.43)

Il ne fait aucun doute que l’intervention de la Fed le 23 mars 2020 a été un moment décisif pour freiner l’impact économique de la crise (Haddad et al., 2020), mais nous ne testons pas son impact ici. En effet, il est important de rappeler que nous ne considérons que les annonces par pays, alors que l’intervention de la Fed a un impact qui va bien au-delà des États-Unis. (p.55)

Finalement, la mesure de politique économique qui semble avoir eu le plus d’effet sur les marchés boursiers est le soutien interne aux entreprises non financières sous forme de garanties de prêts.

Depuis au moins Isaac Newton, les mouvements des cours boursiers n’ont cessé de surprendre, non seulement le grand public, mais aussi certains des économistes les plus performants. Après l’agitation boursière consécutive à la bulle de la mer du Sud, le scientifique de génie aurait déclaré: «Je peux calculer les mouvements des corps célestes, mais pas la folie des gens» (cité par Kindleberger, 2005, p. 41).

L’effondrement des cours des actions dans le monde au moment de la crise du COVID-19, ainsi que l’extraordinaire rebond qui a suivi l’intervention de la Fed n’a pas fait exception. Cela a immédiatement déclenché une controverse.

Certes, le débat d’expert n’est pas accessible au premier venu, mais on comprend que les tentatives de vérification scientifiques des explications « statistiques » butent sur la réalité humaine et imprévisible des marchés.

Mondialisation et rupture des chaînes de valeur

« La nature mondiale de la pandémie de COVID-19 signifie que les marchés boursiers pourraient avoir réagi non seulement à la détérioration de la situation sanitaire intérieure, mais aussi à la situation dans le reste du monde. Nos résultats montrent que la réalité est plus nuancée: la dynamique mondiale de la pandémie n’a pas impacté les marchés boursiers. Nos résultats précédents ont montré que les marchés boursiers ont largement ignoré la pandémie alors qu’elle était confinée en Chine pendant la phase d’épidémie, et le fait que l’emprise du COVID n’est pas significative. Cependant, les investisseurs n’ont pas ignoré ce qui se passait dans les pays voisins, la « région » COVID (le chemin de propagation dans les pays voisins) étant significative au niveau de 1% dans les deux modèles, avec une magnitude de son coefficient proche de celle du coefficient associé à la croissance du nombre de cas au niveau domestique. Si nous considérons les interactions avec les variables de gravité traditionnelles, nous ne trouvons aucun effet de la distance, mais un fort effet du PIB. Cela signifie que la croissance du nombre de cas dans le monde a eu un effet sur les marchés boursiers, mais uniquement lorsque les cas se sont produits dans des pays riches. » (p.54)

“Alors que l’on aurait pu s’attendre à ce que la rupture des chaînes de valeur internationales influence la réponse du marché boursier au COVID-19, lorsque la croissance du nombre de cas dans le monde est pondérée par le commerce bilatéral (exportations ou importations), les termes d’interaction qui en résultent ne sont pas significatifs. Notre analyse ne confirme pas les résultats de Ding et al. (2020) sur ce sujet, mais cela est probablement lié au fait que les pays diffèrent beaucoup moins dans leurs relations commerciales avec les pays étrangers que les entreprises. » (p.54)

Interventions et plans de relance

Que ce soit les plans de relance ou la gestion de la politique monétaire à travers les taux d’intérêt des banques centrales, la plupart des observateurs ont attribué le rebond des marchés aux décisions politiques, en particulier de la Fed. Mais le problème est que ces mesures sont difficiles à quantifier au niveau de chaque pays. (p.54) Il ne fait aucun doute que les mesures annoncées par la Fed le 23 mars ont eu un impact sur les marchés, bien au-delà des USA, mais cela ne permet pas de mesurer cet impact comme des mesures nationales au niveau de chaque pays. Or, on n’observe pas d’effet particulier sur les marchés associés aux mesures budgétaires et fiscales nationales.

Leurs conclusions ?

Est-ce que les marchés prennent en compte toutes les informations disponibles dans une période comme celle-ci ? On peut voir le verre à moitié vide ou à moitié plein. L’évolution des marchés n’a pas été complètement irrationnelle. En particulier, l’étude suggère que la réaction des marchés n’a pas été influencée par la situation des pays avant la crise, mais davantage par les mesures sanitaires prises pour endiguer l’épidémie, ainsi que les politiques économiques pour soutenir les entreprises. Leur étude confirme sur ce point des résultats obtenus par d’autres, même si certains effets mentionnés dans ces études n’étaient pas très significatifs (Ding et al., 2020; Fahlenbrach et al., 2020; Gormsen and Koijen, 2020;

Haddad et al., 2020; Heyden and Heyden, 2020; Landier and Thesmar, 2020; Ramelli and Wagner, 2020). On pourrait étendre l’étude à l’examen de la réaction des investisseurs aux annonces des banques centrales au niveau national.

Quoi qu’il en soit, il est encore très difficile de rendre compte de l’évolution globale des marchés boursiers qui pourraient être largement influencés par la narration de l’actualité, et sujets à des réactions excessives. Au final, les éléments fondamentaux semblent n’expliquer qu’une très petite partie des variations boursières. Comme l’ont revendiqué Krugman et Shiller, il est difficile de nier que les liens entre les marchés et les fondamentaux sont très lâches.

Moralité, non seulement les prévisions financières n’ont aucune valeur prédictive, mais même en se penchant sur le passé, personne n’arrive vraiment à trouver de lien solide entre évolutions boursières et les informations dont disposent les investisseurs sur la situation fondamentale de l’économie.

Pour en savoir plus, retrouvez ici la revue Covid Economics.

Deux tiers des Français protégés grâce à l’épargne

Par Gilles Pouzin
Malgré des baisses de revenus, les Français s’en sortent grâce à leur épargne, confirment de nouvelles études. (photo © GPouzin)
47% des Français ont vu leur revenu baisser pendant le confinement, mais une bonne épargne leur a permis de se sentir financièrement à l’abri, révèle une étude européenne réalisée par l’agrégateur de comptes Yolt (groupe ING Direct).

Ces nouveaux éléments confirment deux tendances observées dans d’autres travaux, notamment les études de l’Insee et du Crédoc sur les pertes de revenus, ou des sondages comme celui de Cashbee sur l’épargne des Français.

Lors d’un premier sondage réalisé par Cashbee en avril lors du confinement, 42% des personnes interrogées avaient déclaré vouloir épargner davantage. Début juin ce sont désormais 69% des répondants qui déclarent avoir mis plus d’argent de côté durant cette période ! 
 
Cette tendance à épargner semble être appelée à perdurer. Près de la moitié des répondants (47%) souhaitent continuer à épargner davantage après la crise sanitaire. Et presque les deux-tiers (64%) expriment leur intention d’utiliser davantage les services digitaux pour gérer leurs finances personnelles.
Cashbee est un courtier faisant le lien entre compte courant et compte sur livret (rémunéré au taux annualisé de 2% pendant 2 mois, puis 0,6% avant PFU). Elle est partenaire de My Money Bank (ex-Sovac GE Money Bank) et proposera aussi bientôt une assurance-vie.

Deontofi.com reproduit ci-dessous les principales conclusion de l’étude publiées par Yolt.

Yolt, l’application pour gérer son argent, a mené une étude auprès de 6000 personnes en France, en Italie et au Royaume-Uni. Près d’un Français sur deux (47%) enregistre une perte de revenu pendant le confinement – contre 39% au Royaume-Uni et 67% en Italie. La baisse moyenne déclarée est de 23% en France. Les 25-44 ans ont deux fois plus de risques que les plus de 55 ans d’avoir subi une baisse de revenus en raison de la COVID-19. Toutefois, deux tiers des Français disent se sentir en sécurité financière.

Paris, le 30 juin 2020 – L’application bancaire Yolt, filiale d’ING Bank, publie les résultats d’une nouvelle étude européenne portant sur plus de 6000 répondants dont 2000 en France. L’étude révèle que de nombreux Français ont vu leurs revenus baisser suite à la crise du Covid-19. Cependant, leurs bonnes habitudes d’épargne ont contribué à renforcer la sécurité financière, surtout si on les compare aux consommateurs britanniques et italiens. Les ménages en France, Italie et Royaume-Uni ont vu leurs revenus considérablement réduits en avril par rapport au mois de mars : en France, 47% des Français déclarent que leurs revenus avaient baissé, contre 67% en Italie et 39% au Royaume-Uni.
En France, la perte de revenus en avril s’élevait en moyenne à 23,4%, la plus faible baisse moyenne dans les trois pays. Cependant, il est clair que les jeunes Français sont les plus touchés : 53% des 25-44 ans déclarent avoir vu leurs revenus baisser. En comparaison, seulement 23% des plus de 55 ans ont vu leurs revenus baisser. Les 16-24 ans ont également connu la plus forte baisse moyenne de revenus (27%), ce qui pourrait refléter une dépendance accrue des jeunes générations aux emplois dans le commerce de détail et les loisirs, secteurs de l’économie les plus touchés par les mesures de confinement.

Fait prometteur, malgré ce contexte, deux tiers des Français disent se sentir financièrement à l’abri, contre 45% des Italiens et 53% des Britanniques. Cela pourrait refléter les habitudes d’épargne bien établies des consommateurs français, les données de Yolt révélant que 63 % d’entre eux ont régulièrement épargné avant le début de la crise, ce qui pourrait les aider à se préparer à des imprévus.

Parmi les 25% qui ne se sentent pas en sécurité financière, 8 sur 10 sont inquiets de ne pouvoir faire face à leurs dépenses courantes (courses, loyer/prêt immobilier, factures d’eau, gaz, électricité) tandis que 10 % s’inquiètent de ne pas avoir d’argent pour se soigner. Pour 28 % des Français, la principale préoccupation était de payer les produits de première nécessité comme la nourriture et les médicaments.

La chute des revenus et l’incertitude économique généralisée ont conduit à des estimations variables quant au temps qu’il faudra pour se remettre sur pied financièrement. Selon les pays, les réponses varient de quelques mois à plus d’un an : 39% des Français estiment qu’ils auront besoin de plus de deux mois, alors que 13% déclarent ne pas savoir combien de temps cela prendrait. « Ces derniers mois, les ménages ont connu une perte de revenus immédiate et sévère, ce qui aura un impact sur tous les aspects de leur vie, de la vie quotidienne à leur capacité d’épargner. Alors que la France sort du confinement et qu’un sentiment de normalité semble revenu, l’incertitude nous guette. Plus que jamais, le moment est venu pour les Français de s’occuper de leurs finances, d’épargner là où c’est possible et d’identifier les domaines dans lesquels ils pourraient réduire leurs dépenses. Des outils gratuits comme Yolt peuvent être un point de départ utile, en permettant aux utilisateurs de voir en un coup d’œil tous leurs comptes et de gérer leurs budgets, sur une seule appli. » conclut Pauline van Brakel, Chief Product Officer de Yolt.

A propos de l’étude Toutes les données référencées proviennent d’une enquête menée auprès de plus de 6 000 répondants nationaux représentatifs au Royaume-Uni, en Italie et en France. L’enquête a été réalisée fin avril avec des consultants de Censuswide chargés de l’enquête.
A propos de Yolt  Lancé en France en 2018, Yolt donne à chacun le pouvoir de gérer intelligemment son budget. À l’avant-garde de la DSP2 et de l’Open Banking, l’application dédiée à la gestion intelligente de ses finances personnelles permet aux utilisateurs de visualiser leurs comptes, cartes de crédit, retraites et investissements en un seul endroit. Au cours des deux dernières années, Yolt a connu une croissance exponentielle, avec plus d’un million d’utilisateurs enregistrés en France, en Italie et au Royaume-Uni et maintient une note de 4 + * sur toutes les plateformes de téléchargement d’applications. Yolt Technology Services ouvre son expertise Open Banking à d’autres organisations via une API unique et sécurisée. Gérée et maintenue par Yolt, cette API relie les entreprises ou les clients aux principales banques à travers l’Europe. En tant que filiale d’ING Bank N.V., Yolt a la force et la stabilité d’une grande entreprise, mais pense et agit de manière agile.

La vie confinée des Français révélée par trois études

Par Gilles Pouzin
Quelle vie avons-nous vécue avec le confinement pour lutter contre la pandémie ? (photo © GPouzin)

Comment les Françaises et les Français ont-ils vécu durant le confinement ? Des études récentes de l’Insee, de l’Ined et du Crédoc, apportent un éclairage intéressant sur les grandes tendances de cette période inédite.

Télétravail surtout pour les cadres

Le confinement a aussi eu des conséquences importantes sur les modalités de travail. Si 35 % des personnes en emploi ont continué à se rendre sur leur lieu de travail, 34 % ont télétravaillé.

Le fait d’avoir télétravaillé est très lié à la catégorie sociale : 58 % des cadres et professions intermédiaires ont télétravaillé, contre 20 % des employés et 2 % des ouvriers. Ceci s’est traduit par des conditions de travail très différentes selon le niveau de vie : 21 % des personnes les plus modestes (1ᵉʳ quintile de niveau de vie) ont télétravaillé pendant le confinement contre 53 % des plus aisés (dernier quintile). À l’inverse, les personnes les plus modestes ont davantage continué à aller travailler sur site (figure 2). Ce fut en particulier le cas des ouvriers (53 %), devant les employés (41 %), agriculteurs, chefs d’entreprise et indépendants (40 %), les cadres et professions intermédiaires étant nettement en retrait (21 %).

Les femmes prennent davantage en charge les enfants

La prise en charge des enfants a été davantage assurée par les femmes : globalement, 83 % des femmes vivant avec des enfants y ont consacré plus de 4 heures par jour (57 % des hommes) et 6 % entre 2 et 4 heures par jour (19 % des hommes). Parmi les personnes en emploi, les mères ont deux fois plus souvent que les pères renoncé à travailler pour garder leurs enfants (21 % contre 12 %). De façon encore plus marquée, parmi les personnes en emploi qui n’ont pas été en autorisation spéciale d’absence pour garde d’enfant, 80 % des femmes passaient plus de 4 heures quotidiennement auprès des enfants (contre 52 % des hommes) et 45 % assuraient une « double journée » professionnelle et domestique, cumulant quotidiennement plus de 4 heures de travail et 4 heures auprès des enfants, contre 29 % des hommes.

35 % des personnes ayant des enfants ont eu des difficultés pour assurer leur suivi scolaire. Cette difficulté est très corrélée au niveau de vie et touche nettement plus les plus modestes : la moitié des personnes du 1ᵉʳ quintile de niveau de vie contre un quart de celles du 5ᵉ quintile (figure 3). Elle est plus souvent ressentie par les femmes (41 % contre 28 % des hommes), notamment en emploi (38 % des femmes en emploi rapportent cette difficulté contre 29 % des hommes), et les familles monoparentales (48 % contre 34 % pour les autres types de ménages).

15% des Français ont plus d’un logement

Les Français ne sont pas mal logés. Avec, en moyenne, 48 m2/personne, la superficie et le confort du logement ont augmenté pour toutes les catégories de population au cours des dernières décennies, et 15 % d’entre eux possèdent un ou plusieurs autres logements en dehors de leur résidence principale. Mais la pandémie, et le confinement qu’elle a entraîné, ont changé leurs conditions de vie au quotidien, bouleversé l’usage et l’occupation du logement, et drastiquement accentué les écarts sociaux. Au risque d’un décrochage.

11% sans jardin ni balcon

Le confinement a également renforcé la pression sur l’occupation du logement et les situations de surpeuplement en France. Un ménage sur dix vit dans un logement surpeuplé pendant le confinement. 11 % ne possèdent aucun espace extérieur (jardin privatif ou partagé, cour, balcon, loggia…).

En moyenne, les Français disposent de 48 m2/personne dans leur logement7. Avec 57 m2/personne, les propriétaires sont mieux lotis que les locataires (36 m2/pers). Malgré leur surreprésentation dans les grandes villes où le marché du logement est plus tendu, les cadres disposent en moyenne d’une surface pour soi plus grande (60 m2/pers) que les ouvriers et employés (45 m2/pers). Dans l’unité urbaine de Paris, la superficie moyenne tombe en effet à 41 m2/personne contre 48 m2 dans les autres grandes villes de France8, et 53 m2 dans les espaces ruraux9 où l’habitat individuel domine très largement.

7% confinés hors de chez eux

7 % des Français ne résident pas dans leur logement habituel pendant le confinement5. Dans 74 % des cas, ils sont allés chez un membre de la famille, plus rarement dans une résidence secondaire ou chez un ami. 12 % des habitants de la région parisienne ont quitté leur domicile pendant le confinement (contre 6 % pour le reste du territoire) et un tiers des jeunes de 18 à 24 ans. En réalité, les départs concernent davantage les deux extrémités de l’échelle sociale que les catégories intermédiaires : 6 % des individus appartenant aux ménages aisés6 sont partis, ainsi que 12 % des individus appartenant à un ménage pauvre (6 % si l’on exclut de cette catégorie les jeunes moins de 25 ans, qui ont massivement changé de domicile). Si les premiers ont rejoint une résidence secondaire, les seconds sont pour la plupart logés par un proche.

Isolement et craintes économiques

38 % des Français déclarent se sentir isolés dans leur logement ou leur quartier, malgré des échanges de services toujours aussi nombreux. 31 % déclarent une chute des revenus de leur ménage, 24 % craignent des difficultés pour payer leur logement dans les douze prochains mois et 7 % redoutent même de perdre leur logement. Certaines professions (artisans et commerçants, ouvriers) et les ménages aux revenus modestes sont particulièrement touchés.

Les pertes de revenus sont moindres chez les retraités, mais plus pénalisantes pour les actifs et les familles: 38 % chez les moins de
65 ans, 40 % des familles.

La perte de revenus est liée à la profession : 55 % des artisans et commerçants, et 40 % des ouvriers déclarent une chute de revenus, contre 20 % des cadres. La proportion de ménages concernés par une perte de revenus s’élève à 33 % dans les espaces ruraux, contre 30 % dans les grandes agglomérations hors Paris.

Baisse d’activité, relations familiales tendues

Parmi les actifs qui avaient un emploi avant le début du confinement, seuls 58 % d’entre eux travaillent encore à la 7è semaine de confinement. La surcharge professionnelle et familiale a induit une dégradation des relations entre parents et enfants. 18 % des enquêtés en télétravail déclarent une dégradation des relations avec leurs enfants depuis le début du confinement. Malgré des conditions de logement moins favorables en moyenne, les ouvriers et les employés sont plus nombreux que les cadres à avoir déclaré une amélioration des relations avec leurs enfants depuis le début du confinement, en particulier quand leur activité professionnelle s’est arrêtée.

Solitude en couple et sans couple

En période de confinement, 36 % des personnes en couple (avec ou sans enfant) se déclarent isolées contre 43 % des personnes vivant sans conjoint (qu’elles aient ou non des enfants).

Un affichage surtout positif sur les réseaux sociaux

Le temps passé sur écran a été important : 30 % des personnes ont passé en moyenne plus de 4 heures par jour sur écran hors réseaux sociaux, 36 % entre 2 et 4 heures. Le temps passé sur les réseaux sociaux est nettement plus réduit : 32 % ne les ont jamais consultés, 34 % y ont consacré moins d’une heure par jour, 14 % plus de 2 heures. Le solde, soit 20%, ont passé entre 1 et 2 heures sur les réseaux sociaux.

Sur les réseaux sociaux, la vie est plus belle. On se plaint des malheurs du monde mais on affiche sa vie super. Résultat, les difficultés du confinement vécues par beaucoup transparaissent à peine.

Sur Twitter, 42% des messages associés au confinement véhiculent une humeur positive, nous apprend le Credoc.
Contrairement à ce que l’on aurait peut-être pu penser, 27% seulement des messages postés sur Twitter concernant le confinement sont associés à une humeur négative. 27% des messages traduisent l’abattement, le découragement, la peur, la fatigue, la solitude, les préoccupations pour l’avenir, mais 42% des messages font montre d’espoir, d’humour, parlent de solidarité, de civisme, d’engagement et certains la joie de partager plus de temps avec sa famille, d’être chez soi, de prendre du temps pour soi…

Comparativement à d’autres sujets de discussion, la proportion est particulièrement faible. Par exemple, le terrorisme est, dans 83% des cas associés à des sentiments négatifs ; la guerre dans 83% des cas, le racisme dans 77% des cas, la violence et l’insécurité 76%, le chômage 55%.

A l’inverse, d’autres sujets sont systématiquement positifs : 42% des tweets parlant de cinéma sont positifs, 44% des tweets associés au sport le sont aussi, de même que 44% des messages évoquant l’alimentation ou les repas.

Un autre point de divergence entre le bruit médiatique et les discussions sur Twitter réside dans la tonalité : les articles du Monde consacrés au coronavirus ont une connotation négative dans 68% des cas, contre 38% des messages liés au coronavirus sur Twitter. Cette remarque fait écho aux résultats d’une étude qualitative réalisée par Didier Courbet et son équipe21 indiquant que certaines personnes, après 20 jours de confinement, évitent de s’exposer aux médias et à la communication des instances politiques, qu’elles jugent anxiogènes.

Les Français majoritairement heureux malgré tout

85% des Français sont satisfaits de leur vie. Et selon l’enquête « Conditions de vie et aspirations », on constate de manière répétée entre 2015 et 2020, que le pourcentage de personnes qui disent être « très souvent » ou « assez souvent » heureuses varie peu. Ainsi, dans l’enquête de janvier 2020, 64% des personnes interrogées se déclarent heureuses, de même que 62% dans l’enquête réalisée fin avril 2020. Ni l’apparition du coronavirus, ni le confinement ne semblent avoir significativement entamé l’humeur générale de nos concitoyens.

Pour en savoir plus:
Etude Insee confinement conditions de vie
Etude Ined, impact du confinement
Etude Credoc, le confinement incite à ralentir son rythme de vie

Les Français relancent leurs projets d’achat immobilier

Par Gilles Pouzin
Un acheteur sur quatre aimerait un jardin ou une terrasse, d’autres ont renoncé à leur projet (photo © GPouzin)

Avec la crise sanitaire, le premier réflex des experts avait été de prédire des lendemains difficiles pour le marché immobilier. Anticipant les conséquences des difficultés économiques (chômage, baisse de revenus…) et un durcissement du crédit (conditions d’obtention et taux des prêts), certains s’attendaient même à une baisse des prix (lire l’article ici).

Pour l’instant, cela ne semble pas être le cas. Le marché retrouve un certain dynamisme, et les acheteurs reviennent, comme le révèle une récente étude publiée par le courtier en crédits Artémis Courtage. L’intérêt du sondage réalisé par Opinionway pour le compte d’Artémis, est d’avoir été décliné en deux temps. La première vague d’enquête avait été réalisée pendant le confinement, les 12 et 13 avril 2020, tandis que la deuxième vague s’est déroulée les 10 et 11 juin derniers auprès d’un échantillon de 1 056 personnes majeures.

Voici les principales conclusions présentées par Artémis Courtage:

Depuis le déconfinement, les Français ont intensifié leurs recherches immobilières en ligne

En avril dernier, alors que les transactions étaient suspendues en raison du confinement, une partie des Français avaient mis à profit ce temps disponible pour poursuivre leurs réflexions concernant leurs projets immobiliers, en particulier les ménages souhaitant acheter un bien.

Un mois après le début du déconfinement et l’amorce d’une reprise du secteur immobilier, les futurs acquéreurs ont intensifié leurs recherches via Internet.

  • 13% des Français ont cherché sur le web un bien immobilier à acheter en résidence principale (+5 points).
  • 11% des interviewés se sont renseignés en ligne sur leur capacité d’emprunt (+4 points).
  • 15% ont effectué des démarches pour baisser les mensualités de leurs crédits (+7 points). Il est à noter que 22% sont situés dans l’agglomération parisienne (+11 points).
  • 13% se sont renseignés sur les démarches pour renégocier leur assurance emprunteur et suspendre leurs mensualités (respectivement +10 points et +7 points). Il est à noter que 24% pour l’assurance emprunteur et 20% pour la suspension des mensualités sont situés dans l’agglomération parisienne (respectivement +21 points pour l’assurance et +14 points vs pendant le confinement).

Pour mener à bien leur projet immobilier, 8% disent avoir pris des informations pour faire appel à un courtier en crédit immobilier et assurance emprunteur (+3 points). Ce comportement est particulièrement notable chez les moins de 35 ans (17%) et les locataires d’un logement (10% + 5 points vs Vague 1).

Du côté des vendeurs et des investisseurs, la tendance est également à l’intensification des recherches en ligne suite au déconfinement.

  • 10% des propriétaires ont recherché des informations sur la vente éventuelle de leur logement (+5 points) ou se sont renseignés sur le web pour mettre un bien immobilier en location (+4 points).

L’étude révèle que ces recherches en ligne autour des projets immobiliers, qu’il s’agisse d’achat mais aussi de revente, concernent avant tout les personnes de moins de 35 ans. En effet, 23% d’entre elles ont fait des recherches pour un bien immobilier à acheter en résidence principale (+10 points vs l’ensemble des Français) et 22% se sont renseignés sur leur capacité d’emprunt (+11 points vs la moyenne).

Par ailleurs, les jeunes propriétaires sont également plus nombreux à réfléchir à la revente de leur logement (32% contre 10% par rapport à la moyenne des propriétaires), signe que la crise actuelle a ouvert la possibilité d’un changement de vie pour nombre d’entre eux.

Enfin, le confinement aura également favorisé la réflexion concernant l’achat d’une résidence secondaire.

  • 16% des moins de 35 ans se sont renseignés en ligne à ce sujet, un taux deux fois supérieurs à la moyenne des Français.

Un attrait renforcé pour les biens immobiliers avec un extérieur, la tentation de la campagne ou de la petite ville toujours présente

A l’approche de l’été, les tendances à la recherche d’espaces extérieurs se sont également renforcées par rapport à la Vague 1 : 14% des Français ont réfléchi à acheter un logement avec jardin depuis le 11 mai 2020, début du déconfinement (+3 points vs Vague 1) et 11% à un logement avec terrasse (+3 points).

Le déconfinement et la reprise progressive des habitudes de vie n’ont pour l’instant pas fait varier l’attrait de certains acquéreurs pour un changement plus radical.

  • La part des Français envisageant d’acheter un logement dans une autre ville a progressé de 3 points à 10% depuis le mois d’avril.
  • La part de ceux réfléchissant à acheter en zone rurale a progressé de 3 points à 10%.
  • Le littoral suscite la réflexion de 8% des Français, qui se verraient bien acheter un logement en bord de mer, tandis que 4% s’imaginent volontiers propriétaires d’un bien à la montagne.

Les jeunes, âgés de 25-34 ans, sont les plus désireux d’accéder à la propriété d’un logement avec un espace extérieur : 29% (+5 points) ont pensé à l’achat d’un logement avec jardin, 23% (+6 points) à l’achat d’un logement avec terrasse.

  • Leurs cadets, âgés de 18 à 24 ans, sont les plus intéressés par un changement d’horizon : ils souhaitent un logement dans une autre ville (23%), en zone rurale (21%). 18% d’entre eux s’imaginent dans un logement en bord de mer contre 13% à la montagne.
  • Le déconfinement amorcé, les jeunes âgés de 18 à 24 ans, les locataires et les Franciliens sont plus nombreux que la moyenne (9%) à réfléchir à l’achat d’un logement plus grand (respectivement 20%, 13% et 12%).

Si une majorité des futurs acquéreurs ont pu maintenir leur projet immobilier, certains se trouvent dans l’obligation de le reporter, voire de l’annuler.

Une majorité des futurs acquéreurs déclarent que leur projet d’achat était en cours pendant le confinement et qu’ils ont pu le maintenir (41%), particulièrement les acquéreurs âgés de 50 ans et plus (49%). A noter que les seniors sont également les plus nombreux à envisager « un nouveau projet immobilier » depuis le déconfinement (37% contre 23% en moyenne).

  • Si un tiers des futurs jeunes acquéreurs a également pu maintenir son projet immobilier (34%), un autre tiers a dû le reporter (31%), les jeunes de moins de 35 ans étant ainsi davantage concernés par la nécessité d’un report que leurs aînés âgés de 35-49 ans (19%) et les seniors (12%).
  • Même phénomène concernant l’annulation pure et simple d’un projet immobilier : 22% des jeunes de moins de 35 ans ont dû s’y résoudre, contre 13% en moyenne de l’ensemble des futurs acquéreurs

Plusieurs raisons sont avancées par les ménages devant renoncer ou reporter leurs projets immobiliers :

  • La première raison est directement liée à la crise et à la perte de revenus qu’elle a entraînée pour 34% des futurs acquéreurs ou par l’anticipation d’une baisse de leurs revenus dans les mois à venir pour 20% des personnes concernées.
  • D’autres acquéreurs préfèrent adopter une position attentiste afin de réamorcer leur projet en fonction de l’évolution des prix de l’immobilier (26%).
  • 21% disent avoir été ralentis par l’impossibilité de visiter des biens pendant le confinement.

Parallèlement aux difficultés rencontrées par les ménages souhaitant accéder à la propriété, l’inquiétude a sensiblement augmenté chez les détenteurs de crédit immobilier

  • 15% se sont renseignés sur les démarches pour baisser les mensualités de leur crédit (+7 points).
  • 13% sont mêmes allés jusqu’à se renseigner sur la façon de suspendre leurs mensualités (+3 points) tandis que 13% ont cherché comment renégocier leur assurance emprunteur (+5 points).

La confiance dans le marché immobilier reste fragile mais se stabilise  

En avril, la Vague 1 mesurait un pessimisme généralisé concernant les conséquences de la crise sur les projets immobiliers. Cette vision négative du futur du marché de l’immobilier reste stable. 81% des Français estiment que les banques vont devenir plus exigeantes pour accorder des crédits (30% « tout à fait d’accord », stable), 75% anticipent une hausse des taux (20% « tout à fait d’accord ») et 74% des délais d’obtention de crédits allongés (-3 points).

Contrairement à la vague précédente, ce sont maintenant les catégories socio-professionnelles les plus aisées (84%) qui redoutent le plus une hausse des exigences des banques pour accorder des crédits (contre 78% pour les catégories socioprofessionnelles plus modestes).

De plus, la crainte que les prix de l’immobilier restent élevés se développe : seulement un Français sur trois croit en la baisse des prix. Qu’il s’agisse des petites et moyennes villes (38%) ou des grandes métropoles (Lyon, Bordeaux…) (37%) mais surtout de l’agglomération parisienne (34%, -6 points).

  • S’ils sont assez d’accords avec les plus âgés sur les problématiques d’accès au crédit, les jeunes, âgés de moins de 35 ans semblent beaucoup plus optimistes que leurs aînés quant à l’avenir du marché immobilier : 41% d’entre eux estiment que les prix de l’immobilier dans la capitale vont baisser contre seulement 32% des personnes âgées de 35 ans et plus.
  • C’est encore plus marqué dans les grandes métropoles comme Lyon ou Bordeaux : près d’un jeune de moins de 35 ans sur deux (47%) anticipe une baisse des prix dans ces villes contre 33% des plus âgés.

13 milliards d’épargne retraite en déshérence

Par Gilles Pouzin
Après l’assurance-vie, l’ampleur des contrats d’épargne retraite non réclamés suscite une proposition de loi. (photo © GPouzin)

Après le scandale de l’assurance-vie en déshérence, celui de l’épargne retraite en déshérence a fait moins de bruit. Pourtant, le phénomène est le même, et il est tout aussi crucial pour les épargnants concernés.

Daniel Labaronne, député En marche d’Indre-et-Loire et membre du Comité Consultatif du Secteur Financier (CCSF), a présenté une proposition de loi pour lutter contre la déshérence des contrats épargne-retraite supplémentaire, le 17 juin à la commission des finances de l’Assemblée

« Je me réjouis de l’accueil de la commission sur cette proposition de loi. Nous devons mieux informer les actifs et les retraités sur ces contrats pour redonner du pouvoir d’achat aux bénéficiaires. L’enjeu est de taille puisque la Cour des Comptes a estimé à plus de 13 milliards d’euros de contrats d’épargne retraite supplémentaire non réclamés par leur bénéficiaire ayant passé l’âge de 62 ans », explique Daniel Labaronne, par ailleurs docteur en économie et maître de conférence à l’Université de Bordeaux.

Le problème n’est pas nouveau. Après un long débat autour du scandale des contrats d’assurance-vie en déshérence, on estimait encore le montant des capitaux non distribués aux assurés à 5,7 milliards d’euros fin 2015, selon une étude de l’ACPR.

Attention à la prescription trentenaire !

Rappelons qu’il y a depuis toujours (article 2262 du Code civil de 1804) une prescription trentenaire. Si on oublie un compte sans rien faire pendant trente ans il est transféré à l’Etat. « Après 30 ans d’inactivité et sans manifestation du bénéficiaire, l’argent est définitivement reversé à l’État. Il n’est alors plus possible d’en demander la restitution », insiste la CDC sur son site.

Avec la loi du 13 juin 2014 sur les comptes bancaires inactifs et les contrats d’assurance vie en déshérence, dite Loi Eckert, entrée en vigueur depuis janvier 2016, les banques ont l’obligation de prévenir les clients de comptes inactifs depuis un an qu’ils seront transférés à la CDC au bout de 10 ans, où ils resteront disponible encore 20 ans.

Avant cette loi, sur un échantillon de sept banques, la Cour des comptes avait identifié près de deux millions de comptes inactifs (1,8 million pour être exact), représentant au minimum 1,6 milliard d’euros. Tandis que les capitaux sur des contrats d’assurance vie non versés aux bénéficiaires, dits « en déshérence » dépassait 1,5 milliard.

Au lieu de les garder, les banques et assureurs ont désormais l’obligation de confier cet argent à la CDC s’ils n’ont pas de nouvelles de leurs clients. Fin janvier 2017, Bercy annonçait que le dispositif mis en place a permis à la Caisse des dépôts (CDC) de faire rendre par les banques et les assureurs 3,7 milliards d’euros pour accélérer leur restitution aux clients.

Ces 3,7 milliards dormaient sur des comptes et livrets (1,9 milliard d’euros), sur des plans d’épargne entreprise (938 millions) ou sur des assurances-vie non versées à leurs bénéficiaires (843 millions), la Caisse des dépôts a créé un guichet de réclamation unique, sous forme d’un site web dédié à la récupération de comptes et contrats d’assurance vie dormants ou non réclamés, baptisé Ciclade.

L’épargne retraite aussi en déshérence

La nouvelle proposition de loi veut étendre le dispositif de recherche des bénéficiaires aux contrats d’épargne-retraite d’entreprise.

 » La problématique des contrats en déshérence actuellement en stock reste intacte », rappelle l’exposé des motifs de cette proposition de loi. Le rapport de l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) remis au Parlement le 24 mai 2018 et le rapport annuel de la Cour des comptes de 2019 mettent en lumière un stock de contrats de retraite supplémentaire à adhésion obligatoire ou facultative non liquidés passé l’âge de 62 ans de 13,3 milliards d’euros. Le rapport de l’ACPR alerte sur un phénomène de déshérence qui s’accélère avec une augmentation du stock des contrats non liquidés s’accentuant avec l’ancienneté des contrats.

Jusqu’à 90% de NPAI chez les plus de 70 ans !

L’une des causes principales vient de l’identification des assurés et de leurs ayants droits : le chiffre de plis non distribués (mention « N’habite pas à l’adresse indiquée », ou NPAI) peut atteindre 90 % pour certains organismes pour les assurés de plus de 70 ans. Le problème est particulièrement important sur les contrats collectifs à adhésion obligatoire de type article 43, qui sont souscrits non pas par les particuliers mais directement par les entreprises et dont les bénéficiaires ne connaissent pas toujours l’existence.

Mise à jour 23 juin 2020: La proposition de loi pour lutter contre la déshérence des contrats épargne-retraite supplémentaire déposée par Daniel Labaronne, député En marche d’Indre-et-Loire, a été adoptée ce lundi 22 juin.

Pour Daniel Labaronne : « Je me réjouis du vote par l’Assemblée Nationale de ma proposition de loi qui va permettre aux retraités d’être informés des contrats dont ils sont bénéficiaires sans le savoir et, surtout, de récupérer les sommes qui leur sont dues. Demain, sur le site Info retraite, les citoyens sauront s’ils sont bénéficiaires d’un contrat de retraite supplémentaire. C’est une question de pouvoir d’achat non négligeable, d’autant plus dans le contexte actuel. ».

Faut-il encore placer en assurance-vie ?

Par Gilles Pouzin
Face à la baisse des rendements et aux risques des unités de compte, peut-on encore compter sur l’assurance-vie pour ses économies ?

Questions placements sur BFM Business TV, avec Guillaume Sommerer et Cédric Decoeur. Deontofi.com était invité en direct dans l’émission Intégrale Placements, mardi 15 juin 2020.

– Peut-on encore faire confiance à l’assurance-vie avec la baisse des taux et des marchés ?

D’abord le fonds en euros n’est pas mort. Le fonds en euros conserve ses trois qualités: sécurité, disponibilité et rentabilité. Certes, la rentabilité a baissé. ces derniers sont adossés à l’actif général des assureurs, largement investi en emprunts d’Etat dont le rendement retombée en-dessous de zéro, à -0,4% début mars, comme cela avait été le cas fin août dernier. Dans ces conditions, les fonds en euros n’ont rapporté qu’autour de 1,4% en 2019, selon les estimations de la société d’analyse Facts & Figures et ils risquent de plonger à nouveau, autour de 1 à 1,2% en 2020.

Les assureurs ont aussi un peu de marge par rapport à la baisse des taux d’intérêt. Avec la diversification de leur actif général, sur lequel s’appuient les fonds en euros, la rentabilité globale de leurs investissements reste supérieure à 2% environ. Et plus de 4,3% ont été mis en réserve au fil des années avec le mécanisme de provision pour participation aux excédents. C’est autant de réserve pour amortir la baisse des taux et lisser les rendements.

En attendant, les fonds en euros restent les supports les plus compétitifs par rapport aux autres placements sans risque. Depuis février 2020, le Livret A ne rapporte plus que 0,5%. Quant aux autres livrets bancaires, la plupart rapportent à peine 0,1%, hors périodes de promotion. Et depuis dix ans, le fonds en euros protège toujours le pouvoir d’achat par rapport à l’inflation.
Pour l’assurance-vie en euros, les contrats des banques sont moins rentables que ceux des mutuelles et associations. Le rendement 2019 a dépassé 2% pour Epargne-Retraite 2 plus de l’Asac-Fapes, Gaipare Slectissimo du Gaipare et Dynavie de Capma-Capmi.
Les contrats sur Internet sont aussi compétitifs, notamment si l’on a une part diversifiée en unités de compte. L’an dernier le taux a dépassé 2% sur certains contrats de Spirica, Suravenir ou SwissLife, distribués notamment par Fortuneo, Altaprofits, Linxea, Mes-Placements.fr ou Placement-direct.fr.

– Les unités de compte ne sont-elles pas trop risquées ?

Les UC, c’est l’autre solution de placement proposée en assurance-vie à côté du fonds en euros. Le terme UC recouvre tout ce qui n’est pas le fonds en euros, cela peut être des placements très variés, des fonds en actions ou diversifiés, des placements en immobilier (comme les SCPI, OPCI), ou des produits structurés (type EMTN), voire des UC représentatives de titres en direct de sociétés cotées en Bourse. Bien sûr, les UC sont plus risquées que le fonds en euros, mais à long terme c’est aujourd’hui la seule solution pour avoir de meilleures perspectives de rentabilité.
Fidelity Investment a réalisé une étude très intéressante sur les motivations des épargnants au regard des UC. Déjà, parmi les détenteurs d’assurance-vie ayant plus de 10 000 euros d’épargne, plus de 40% des épargnants interrogés déclarent en avoir dans leur contrat. Pour ceux qui avaient déjà des unités de compte en mars dans leur contrat, 48% voulaient augmenter leur proportion d’UC, durant la première semaine de mars, dont la moitié à un niveau d’au moins 80% de leur contrat.

Parmi les détenteurs d’assurance-vie souhaitant renforcer la part en unités de compte, la proportion de ceux souhaitant privilégier les UC en actions ou diversifiées a augmenté avec la crise. Alors qu’ils étaient 51% à pencher pour des fonds en actions ou diversifiés début mars, leur proportion était montée à 59% des répondants début mai. La question est de trouver le bon équilibre et d’investir très progressivement. On a vu avec la crise que les marchés pouvaient avoir des mouvements très spectaculaires, de -40% en un mois (19 fév-18 mars) et de +40% en 8 semaines (18 mars-8 juin). Pour éviter d’acheter ou vendre au mauvais moment, il faut surtout privilégier les décisions progressives, les investissements ou les retraits programmés, par exemple mensuellement.

– Que penser des placements avec une protection du capital ?

Les produits structurés et les fonds protégés sont une part importante des placements d’assurance-vie en UC. Ces produits financiers peuvent présenter un intérêt en complément du fonds en euros et des placements en actions, mais leur profil de risque reste plus proche des actions que des fonds en euros. Par exemple on vous propose un placement annonçant un coupon annuel de 6% si l’indice Euro Stoxx est en hausse à une date anniversaire du produit, avec remboursement du capital, et une protection jusqu’à 30% de baisse de l’indice avec une échéance de 6 ans.
Le problème est que les risques de ces placements sont souvent mal compris des investisseurs. Quand les marchés ont baissé, comme au printemps, ils peuvent présenter un intérêt, car le risque de poursuite de la baisse à long terme est plus limité. Mais quand les marchés sont à des niveaux élevés, comme fin 2019 et début 2020, ces placements sont vulnérables. Ils baissent comme la Bourse et sont exposés à des pertes élevées au-delà de leur protection, car dans ce cas on n’a pas non plus les dividendes qui font office d’amortisseur avec les placements classiques.
En outre, il y a aussi un risque de contrepartie ou de crédit sur certains de ces placements, comme ceux qui étaient indexés sur des actions et obligations du groupe de grande distribution Rallye-Casino, placé en redressement judiciaire en 2019.

Retrouvez l’interview vidéo en replay ici

https://bfmbusiness.bfmtv.com/mediaplayer/video/les-questions-peut-on-encore-faire-confiance-a-l-assurance-vie-avec-la-baisse-des-taux-et-des-marches-1606-1255996.html

Le confinement a dopé les activités en ligne

Par Gilles Pouzin
Loisirs, télétravail, école à distance, télémédecine, e-commerce, la pandémie a favorisé les activités digitales et les entreprises de technologie (photo © GPouzin)

Comment expliquer le succès des sociétés de technologie durant la crise sanitaire ? Philippe Crevel, directeur du Cercle de l’Epargne, livre son an analyse dans l’édition hebdomadaire de La Lettre Eco du Cercle, du 6 juin 2020 (n°381). Deontofi.com en reproduit ci-dessous un extrait.

L’indice Nasdaq qui réunit les plus grandes valeurs technologiques américaines ne connaît pas la crise. Il est supérieur de 7 % par rapport au niveau qu’il avait atteint à la fin de l’année 2019.

12 X plus d’abonnés à Zoom

Les applications digitales ont été au coeur de la vie confinée qui a concerné la moitié de la population humaine entre le mois de mars et mai. Elles ont permis le maintien des liens avec l’extérieur et le télétravail. Elles ont suppléé l’absence d’activités culturelles. La consultation médicale à distance a connu réel essor. Le confinement a mis sur le devant de la scène des plateformes comme Teams, Slack, Klaxoon, Zoom ou encore House party. Ainsi, entre février et fin avril, le chiffre d’affaires de Zoom a augmenté de 169 % sur un an, à plus de 328 millions de dollars. Le nombre d’utilisateurs actifs mensuels est passé de 14 à 173 millions de la fin mars à fin mai, soit une hausse de 1 135 %.

Hausse de 30% du trafic Internet durant le confinement

Même si les pouvoirs publics ont conseillé de dégrader la qualité des transferts de données, en France, comme à l’étranger, les réseaux ont eu la capacité de gérer la progression du trafic. Le caractère décentralisé du réseau Internet a facilité l’absorption de cette hausse sans précédent. Par rapport à 2019, le trafic Internet a, en effet, augmenté de 30 % durant les deux mois du confinement.

La France s’est distinguée de ses partenaires par une demande de contenus en très forte progression (+63 % en mars et +86 % en avril) quand moyenne européenne a augmenté de 20 %. Le confinement strict, avec l’essor du télétravail, explique cette spécificité.

Bonne tenue du e-commerce

Le confinement a, dans un premier temps, freiné les achats en ligne du fait des interrogations sur les capacités de distribution. La Banque de France a mesuré des baisses de ventes de 54 % pour l’habillement en mars, de 58 % pour les chaussures, et même de 15 % pour l’alimentation. Jusqu’au 31 mars, les achats ont globalement baissé aussi sur Internet. Les ménages ont dans un premier temps vécu sur les stocks, ce qui les a conduits à ne pas réaliser d’achats de la mi-mars à début avril. Le confinement a, au début, certainement généré un effet de stupeur dissuadant les ménages d’acheter. À partir du début avril, une hausse est constatée ; elle a été, par exemple, de 14 % pour le textile.

Les produits techniques ont été les grands gagnants de la vente en ligne. Avec les cours en ligne et le télétravail, les ménage se sont équipés en ordinateurs et en matériel de bureautique. La vente de produits informatiques a ainsi progressé de 46 % en avril. Les articles de sport et de bricolage ont connu une augmentation de 20 %. L’hygiène-beauté a connu une augmentation de ses ventes en ligne de 72 %. En revanche, les ventes de meubles et de décoration terminent la période du confinement en baisse de 6 %. Ils ont souffert de leur caractère non essentiel.

Des enseignes comme Fnac, Boulanger ou Décathlon ont plus que doublé leurs ventes en ligne. Amazon n’a gagné que 4 %, pénalisé par la fermeture de ses entrepôts et la polémique qui s’en est suivie.

Livraisons en ville

Dans tous les pays, les achats en ligne ont progressé en fin de confinement. L’augmentation la plus forte a été enregistrée au Royaume-Uni. Ce pays est celui qui compte le plus de personnes ayant un compte pour des achats d’épicerie, plus de 62 %. Avec la crise sanitaire, ce taux a progressé de 15 points. À Londres, 71 % de la population a recours à ce type de service avec livraison à domicile ; 37 % des personnes ont créé un compte depuis la crise. Cela souligne l’augmentation de l’utilisation des achats en ligne, en particulier dans la capitale.

Après une phase d’attentisme, le secteur de la restauration a développé des offres en ligne en liaison avec les plateformes de livraison à domicile (Uber Eats ou Deliveroo). 5 % des ménages ont ouvert un compte en ligne pour se faire livrer des repas. Le taux de couverture du territoire pour ce type de service reste encore limité mais il devrait s’améliorer dans les prochains mois.

En 2020, les ventes en ligne dépasseront sans problème celles enregistrées en 2019. Elles avaient atteint plus de 100 milliards d’euros contre 92 milliards d’euros en 2018. La part de marché des achats en ligne s’élevait à 9,5 % en 2019 et devrait donc dépasser 10 % cette année. La France rattrape son retard sur les pays d’Europe du Nord et sur le Royaume-Uni. Près de 40 millions de Français effectuent chaque année des achats en ligne. La proportion des plus de 65 ans continuent à augmenter. Parmi les personnes connectées, le taux d’achat atteint 87 %. Le recours au smartphone pour effectuer des achats est de plus en plus fréquent. Dans les premiers mois de 2020, un tiers des acheteurs en ligne auraient utilisé leur smartphone pour réaliser une commande contre 25 % en 2018 (source FEVAD).

Au niveau du divertissement, le streaming et les jeux vidéo en ligne poursuivent leur ascension. Ils sont aidés par le déploiement de la fibre. Ils devaient également être les principaux gagnants de la 5G qui devrait encore plus déporter la consommation en ligne vers le smartphone. La consultation des réseaux sociaux a, de son côté, durant les mois de confinement logiquement augmenté. Le taux d’utilisation a progressé de 121 % en mars et de 155 % en avril.

15% des ventes de détail par Internet

En France, le canal de la distribution en ligne devrait s’arroger assez rapidement 15 % des ventes de détail. La crise du Coronavirus ne fait qu’accélérer une tendance en cours. Les centres commerciaux périphériques ne disposant que d’une attractivité moyenne ainsi que des commerces à faible image de marque devraient enregistrer une baisse de leurs chiffres d’affaires. L’évolution de la demande sur Internet n’a pas été linéaire. Durant la première partie du confinement, les vidéos à la demande et les jeux ont été plébiscités avant de connaître une légère diminution. Les Français se sont lassés ou ont épuisé les films à regarder. La rupture est intervenue dans la deuxième quinzaine d’avril. La musique en streaming n’a pas profité de la crise pour se développer. Elle est avant tout écoutée durant les transports. Les consommateurs de musique se sont reportés sur les chaînes de vidéos en ligne comme YouTube. Les artistes l’ont bien compris et ont multiplié les concerts à domicile.

Quels prix ont flambé ou baissé avec la crise sanitaire ?

Par Gilles Pouzin
Flambée des fruits et légumes, baisse de l’essence et du gaz, hausse de l’électricité… (photo © GPouzin)

Les prix augmentent-ils avec la crise sanitaire ? Au début du confinement, on a pu craindre que les contraintes pesant sur l’approvisionnement des commerces ne se traduisent par des hausses de prix.

En effet, les commerces ont été fortement pénalisés par la crise sanitaire. Ceux qui restaient ouverts avaient moins de clients, les livraisons étaient plus compliquées, le trafic de marchandises ralenti. On pouvait craindre une pression sur les prix, surtout pour les denrées alimentaires fortement demandées, et les produits frais. Pour ces derniers, les difficultés de la chaîne logistique allaient jusqu’au stade de production. Car avec le confinement et l’arrêt du travail dans de nombreux secteurs, les agriculteurs avaient plus de difficulté à fournir leurs produits.

Les dernières statistiques d’inflation, à fin mai, nous donnent un panorama plus détaillé de l’évolution des prix dans différents domaines.

Alimentaire: +25% sur les légumes et +18% sur les fruits

En mai 2020, les prix de l’alimentation ralentissent légèrement, après la forte accélération du mois précédent : +3,5 % sur un an après +3,7 % en avril et +1,9 % en mars. Les prix des produits frais sont un peu moins dynamiques (+17,3 % sur un an après +17,8 %). Les prix des légumes frais (+24,8 % sur an après + 30,3 %) et des poissons frais (+10,3 % après +19,0 %) ralentissent nettement alors que les fruits frais se renchérissent (+18,0 % sur an, après +10,8 %).

Hors produits frais, les prix de l’alimentation décélèrent également, à +1,2 % sur un an, après +1,4 % le mois précédent. Les prix du lait, fromage, œufs se replient de −0,2 % sur un an après +0,1 %. Ceux des farines et autres céréales (−2,0 % après −1,6 %) et des huiles et graisses (−0,4 % après −0,3 %) baissent davantage et les prix des boissons alcoolisées ralentissent (+0,3 % après +0,5 %). En revanche, les prix du riz (+0,7 % sur un an après −0,3 %) et du sucre (+0,8 % après −0,3 %) rebondissent, et ceux des fruits en conserve accélèrent (+1,1 % après +0,5 %).

Rebond du prix des transports

Sur un an, les prix des services accélèrent fortement en mai, après un net ralentissement en avril : +1,2 % après +0,6 %. Les prix des services de communication rebondissent (+1,6 % sur un an après −1,0 %). Fortement affectés par les mesures de confinement, les prix des services de transport se redressent en mai (+0,8 % sur un an après −6,0 %) dans le sillage des transports aériens (+4,5 % sur un an après −12,6 %). Les prix des « autres services », dont la consommation a été aussi fortement limitée pendant le confinement, accélèrent : +1,6 % sur un an, après +1,4 %. En revanche, les prix des loyers, eau et enlèvement des ordures ménagères sont un peu moins dynamiques (+0,2 % sur un an après +0,3 %). Enfin, les prix des services de santé augmentent de 0,4 % sur un an, comme le mois précédent.

Baisse de l’essence et du gaz, mais hausse de l’électricité

Sur un an, la baisse des prix de l’énergie s’accentue : −11,0 % en mai, après −8,6 % en avril 2020. Il s’agit de leur plus forte baisse depuis octobre 2009. Les prix des produits pétroliers reculent de nouveau : −21,2 % sur un an, après −17,0 % en avril ; sur le mois, ils baissent, mais moins que le mois précédent (−3,8 % après −7,4 %), alors qu’ils étaient en hausse en mai 2019 (+1,3 %). Les prix du gaz baissent également davantage sur un an : −13,6 % après −13,2 % en avril.

Les prix de l’électricité augmentent en revanche de 9,7 % sur un an, comme les trois mois précédents.

Baisses des ventes et prix des produits manufacturés

L’évolution des prix des biens manufacturés est moins significative, quand on sait l’évolution de la consommation dans ces domaines. En avril 2020, les dépenses de consommation des ménages en biens avaient chuté de 20,2 % en volume par rapport à mars. Il s’agit du second mois consécutif enregistrant une baisse historique depuis le début de la série en 1980. L’évolution des dépenses de consommation des ménages en biens de mars 2020 avait été revue à la hausse (–16,9 % au lieu de –17,9 %). Pour les services, on n’en sait rien.

En avril, la consommation de biens fabriqués chute de nouveau très lourdement (–42,6 % après –42,1 %), les dépenses en énergie chutent fortement (–22,8 % après –10,2 %) et la consommation alimentaire se replie nettement après une forte hausse en mars (–5,4 % après +9,2 %).

Du coup, l’évolution des prix observée en mai devra être confirmée quand la consommation de biens retrouvera un niveau plus normal.

Sur un an, en mai 2020, les prix des produits manufacturés reculent de 0,7 %, après −0,5 % le mois précédent. La baisse des prix de l’habillement et chaussures sur un an est davantage prononcée que le mois précédent (−2,7 % sur un an après −0,9 %). Les prix des « autres produits manufacturés » augmentent à peine : +0,1 % sur un an, après une stabilité le mois précédent. Les prix des petits appareils ménagers rebondissent (+0,4 % après −1,8 %) et la baisse des prix des produits d’entretien et de nettoyage s’amenuise (−0,6 % sur un an, après −0,9 %). En revanche, les prix de la verrerie, vaisselle et ustensiles de cuisine ralentissent (+0,6 % sur an après +1,3 %) et ceux des articles d’hygiène corporelle, de bien être et produits de beauté reculent davantage (−2,5 % sur un an après −1,3 %). Enfin, les prix des produits de santé diminuent de 2,1 % sur un an, après −2,4 % en avril.

Des services à l’arrêt

La crise sanitaire liée au Covid-19 et le confinement ont eu un impact très important sur la fréquentation hôtelière. Une première estimation de la chute de fréquentation a été réalisée à partir des données de trois grandes enseignes sur les quatre premiers mois de l’année. Sur ce champ, le nombre de chambres occupées chute de 61 % en mars 2020 par rapport au même mois de l’année précédente, et de 79 % en avril. En moyenne sur les quatre premiers mois de l’année, la baisse est de 37 % par rapport à 2019.

En mars 2020, le nombre de nuitées passées par les résidents dans l’ensemble des hébergements marchands en France métropolitaine a été divisé par deux (− 49 %). La différence avec la chute globale de fréquentation (-61%) s’explique par l’absence des étrangers.

Sources:

Inflation mai 2020 : https://www.insee.fr/fr/statistiques/450721
Dépenses de conso avril 2020: https://insee.fr/fr/statistiques/4500749

Frais des placements: on n’y comprend rien !

Par Gilles Pouzin
Une récente étude du CSA pour l’AMF montre la difficulté à comprendre les informations sur les frais et leur impact sur les placements. (photo © GPouzin)

Savez-vous quel est l’impact des frais sur la performance de vos placements ? Peu de particuliers, et même de professionnels, sont en mesure de répondre facilement à cette question. Pour le savoir, il faut d’abord avoir une certaine connaissance générale du type de frais prélevés sur les différents placements. Puis savoir où trouver les informations précises concernant les frais des produits que l’on possède.

Afin de mieux appréhender la compréhension des frais et de leur impact sur la performances de leurs économies, l’Autorité des marchés financiers (AMF) a fait réaliser une étude par l’institut CSA auprès d’un échantillon d’épargnants.

Cette étude a été réalisée entre le 24 et le 28 mars 2020, auprès de 5 femmes et 11 hommes, âgés de 30 à 65 ans. Tous ont entre 15 000€ et 200 000€ d’épargne et possèdent a minima 2 types de placements : au moins un PEA/Compte-titres, ou un contrat d’assurance vie en unités de compte (UC) ou un PEE. 50% sont détenteurs d’actions ; 50% détenteurs de fonds collectifs (FCP, Sicav, SCPI, OPCI, FCPI, FIP…).

Tous savent que des frais sont associés à leurs placements en fonds et en actions, révèle cette étude. Et avec un peu d’assistance, tous se montrent plutôt familiers avec les notions de frais d’entrée (et éventuellement frais de sortie), droits de garde, frais de gestion et certains frais liés aux opérations, en plus mineur.

En outre, même s’ils ne sont pas capables de restituer les modalités précises de calcul des frais, ils savent en estimer le principe. Par exemple le fait que les frais soient variables d’un organisme bancaire à un autre ou par rapport aux courtiers, qu’ils soient proportionnés au montant des investissements (en %), voire pour certains négociables. Plusieurs mentionnent les récapitulatifs de frais transmis annuellement par les banques.

Au-delà de ce constat, le CSA observe que deux types de profils se distinguent, entre les épargnants plutôt initiés, et les novices.

Concernant les plus initiés, ils sont souvent détenteurs d’actions en plus des fonds d’investissement. Ils s’avèrent plus dynamiques dans leur profil d’investisseur, et plus connaisseurs des subtilités sur les frais.  Certains citent par exemple les commissions de surperformance et sont plus loquaces sur le sujet. Dans l’ensemble ils sont plus proactifs dans leurs recherches d’information lors de la souscription. Au moins un d’entre eux cite par exemple le DIC ou le document clé d’information aux investisseurs (DICI) comme source d’information.

Du côté des novices, il s’agit souvent d’épargnants ayant une culture financière moins développée et qui délèguent volontiers la gestion de leur épargne. Souvent détenteurs de fonds, notamment au sein d’une assurance vie en UC ou d’un PEE, ils sont plus passifs et délégataires dans la gestion de leurs investissements. Ils avouent pour certains ne pas vraiment s’intéresser au sujet. Ce manque d’intérêt contribue à leur faire oublier rapidement les informations liées à leurs placements après le avoir souscrits.

Résultat, les novices sont mal informés, malgré tous les documents obligatoires qui doivent leur être fournis avant la souscription de chaque produit. « Je ne les lis quasiment jamais, avoue l’un d’entre eux. L’information est compliquée à comprendre et à trouver. » En toute logique, ils ont une très mauvaise connaissance des frais et de leur impact. « La nature des frais est très obscure, observe l’un d’eux. Je ne sais pas grand chose, je les découvre lorsque je récupère ou que je pioche dans ces fonds »

« Dès lors, deux visions des frais qui coexistent… entre légère brume et épais brouillard », note l’étude du CSA.

Dans le cas des « initiés », malgré une lecture attentive, « sans pouvoir parfois, in fine, trouver très précisément l’information recherchée (par exemple le coût précis d’un ordre, les frais nets et bruts…), avec bien souvent un accompagnement minimal de la part du conseiller », note l’étude.

L’information accessible est claire « lorsque l’on s’y penche », mais non aisée à obtenir et à projeter pour ses propres placements.

Pour les novices, c’est l’aveu d’une information plus enfouie, parfois tout simplement non abordée lors de la souscription. Bien souvent, ils n’y ont tout simplement pas pensé et le conseiller n’en a pas parlé. L’information est « jugée très complexe, technique, voire jargonneuse ». C’est un euphémisme.

Concernant les actions, un « novice » déclare : « C’est un peu difficile de comprendre l’information, elle est un peu relative et noyée dans des termes dont la sémantique est propre au gens de la finance, de plus il semble falloir faire des calculs et ajouter divers pourcentages selon le nombre d’opérations, le type d’opération, … c’est décourageant »

Parmi les plus « initiés », la transparence des banques et courtiers en ligne est bien accueillie, même si le sujet demeure ardu. « Il me semble qu’elle a gagné en transparence dans les nouveaux établissements en ligne, déclare un épargnant, mais globalement il paraît compliqué de savoir précisément combien coûterait un ordre et la garde d’actions par établissement. »

D’autres avouent leur perplexité quant à la qualité de l’information.

« Je pense que toute l’information est disponible, il faut prendre le temps de consulter la documentation », admet un épargnant avec malice. « En général ils ne communiquent pas trop dessus, il faut aller voir les documents en détail, signale un autr. Ils parlent de performances brutes et pas nettes… » Vous avez dit pas nettes ?

Les novices sont encore plus lucides sur la difficulté de la tâche. « C’est un peu difficile de comprendre l’information, elle est un peu relative et noyée dans des termes dont la sémantique est propre au gens de la finance, de plus il semble falloir faire des calculs et ajouter divers pourcentages selon le nombre d’opérations, le type d’opération, … c’est décourageant ».

Un obstacle qui peut rendre fataliste : « je ne sais pratiquement rien du sujet, c’est ma conseillère qui gère et qui m’informe, hormis le récapitulatif annuel, je ne regarde pas », confie un autre.

Après cette étape de découverte sur ce que les épargnants comprennent des informations à leur disposition concernant les frais des placements, deux constats se profilent.

D’abord, on estime que les banques ne font guère d’effort pour informer les clients de ce qu’elles leur prennent. « Je pense que les banques font exprès de nous embrouiller avec des termes compliqués qui nous découragent de lire jusqu’au bout », explique un épargnant.

« L’accompagnement des banques c’est …100% pour acheter 0% pour ce qui est explications », résume un autre. Quelques participants notent cependant des progrès, ou sont très satisfaits de leur conseiller.

Sans surprise « Aucun répondant n’est clairement en mesure de se prononcer sur l’impact réel des frais sur le rendement de leurs placements ».

Au mieux certains indiquent un pourcentage pour leurs frais d’entrée : « 3% environ, pas d’impact direct sur le rendement en soit, mais un biais au début », estime l’un des participants.

Mais bien souvent les investisseurs avouent ne pas connaitre cette information : « Je n’ai pas d’idée chiffrée mais cela doit bien impacter le rendement. »

Quel impact ? À la marge, certains l’évoquent, mais avec peu de précisions : « Vaguement, il représente un poids relativement important dans le rendement. Il faut toujours calculer la différence et prendre en compte la valeur sur le marché actuel ».

La jungle des tarifs bancaires

Quand on leur présente deux brochures tarifaires de banques, les participants à l’étude sont capables de trouver les informations concernant les tarifs, mais pas toujours de les déchiffrer.

Tous sont parvenus à trouver la partie relative aux frais dans les deux documents, notamment grâce au sommaire et aux intitulés de rubrique clairs.

Tous ont une compréhension globale correcte d’un premier niveau d’information.

• On y trouve les frais liés aux placements en actions et en fonds

  • • Ces frais s’expriment en pourcentage du montant investi / d’encours
  • • Sont variables selon la nature des investissements, les modalités de gestion
  • • Seule une très petite minorité est rebutée d’entrée.

Les plus expérimentés arrivent à peu près à s’y retrouver. Même si « demeurent néanmoins, quelques imprécisions / point de flottement pour certains », note le CSA.

Cela concerne les frais de gestion directs vs indirects, le fait que la banque peut percevoir une partie des frais de gestion (non limpide pour tous). Surtout, l’absence de simulation et donc pour eux la difficulté à calculer le coût des frais relatif à un investissement précis.

« Il y a beaucoup de détails… Je m’y perds un peu, déclare un participant. Et les frais de gestion « : nous consulter »…ça complique pas mal pour se faire une idée… », poursuit-il non sans humour.

Quant aux plus novices, malgré un bon accueil des brochures tarifaires, ils sont vite perdus.

Le CSA note «  des erreurs de compréhension très fréquentes et des interrogations ». Cette perplexité porte notamment sur la dégressivité des frais. « En fonction de quoi ? ». Sur Euronext « de quoi s’agit-il ? ». Sur la rémunération des banques en apport d’affaire, les rétrocessions étant non comprises le plus souvent, sur les OPC « confrères », ou sur ce qu’est une action nominative.

Le langage des brochures tarifaires est jugé « Beaucoup trop technique pour un amateur, il faudrait être plus clair dans le discours avec un langage moins technique », selon un participant. « Pas clair du tout ! », résume un autre.

Pour y remédier, ils attendent souvent un glossaire de termes techniques, voire une simplification et homogénéisation de ces derniers. Et surtout une aide pour projeter les frais sur leurs placements (par ex. scenarii, simulateurs).

Il est vrai que ces brochures peuvent donner à certains « Une impression d’avoir des frais, des frais, des commissions, des frais et encore des commissions. »

Pour en savoir plus, lisez l’étude complète ici.

Comment préserver son avenir en temps de crise ?

Par Gilles Pouzin

Gérez vos investissements plus efficacement avec Déontofi Club Bourse. (photo © GPouzin) Fallait-il vendre ? En observant, incrédule, la spectaculaire flambée des indices boursiers depuis le krach du 18 mars 2020, la question est légitime. Petit rappel. En 2020, l’indice CAC 40 a d’abord atteint un sommet le 19 février. Puis, entre son pic du…

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Interdiction des ventes à découvert : qui devait la faire respecter et sur quels titres ?

Par Marielle COHEN-BRANCHE
L'Autorité des marchés financiers (AMF) propose un service de médiation gratuit pour régler les litiges à l'amiable avec les intermédiaires financiers. (photo © GPouzin)
L’Autorité des marchés financiers (AMF) propose un service de médiation gratuit pour régler les litiges à l’amiable avec les intermédiaires financiers. (photo © GPouzin)

Chaque mois, le médiateur de l’Autorité des marchés financiers (AMF) décrypte un cas pratique de médiation et les leçons concrètes qu’on peut en tirer. Ce mois-ci (2 juin 2020) :

Interdiction des ventes à découvert : qui devait la faire respecter et sur quels titres ?

Compte tenu de l’épidémie de Covid-19 et de son impact sur les marchés financiers, l’AMF a décidé, à la mi-mars, d’interdire temporairement les ventes à découvert et plus généralement les stratégies visant à tirer profit de la baisse du cours d’une action. Même si cette mesure exceptionnelle a été suspendue le 18 mai dernier, des investisseurs sont encore susceptibles de m’adresser une demande relative à des faits qui se sont déroulés au cours de ces deux mois. Aussi, il me paraît utile d’évoquer cette problématique au travers du dossier suivant qui m’a été soumis durant cette période.

Les faits

Mme T. indiquait avoir acquis le 2 avril 2020, sur son compte ouvert auprès de sa banque, 5 000 certificats Turbo Put ayant pour sous-jacent l’indice DAX, pour un montant total de presque 30 000 euros.

Elle précisait que le 7 avril 2020, soit quelques jours plus tard, lesdits certificats avaient été désactivés suite au franchissement du niveau de la barrière : elle avait donc perdu l’intégralité du montant investi.

Cependant, Mme T. sollicitait l’annulation de cette transaction dans la mesure où elle avait appris, par la suite, que les opérations sur produits dérivés ayant pour effet de créer ou d’accroître une position courte nette étaient formellement interdites par l’AMF sur la période du 18 mars au 18 mai 2020.

Considérant qu’il appartenait à l’émetteur des Turbos d’interdire l’accès à ces produits de bourse, Mme T. a sollicité mon intervention afin d’obtenir l’annulation de son opération d’achat qu’elle estimait illégale.

Lire la suite ici : sur le Journal de bord du médiateur de l’Autorité des marchés financiers.

Fraudes CB, détournements de chèques et virements : ce qu’il faut savoir

Par Gilles Pouzin

Les fraudes sur cartes bancaires sont un fléau moderne auquel des millions de Français ont déjà été confrontés. La législation protège en principe les consommateurs contre ces fraudes, en obligeant les banques à rembourser les montants débités frauduleusement dans les meilleurs délais, mais toutes les banques ne respectent pas ces lois. Pourtant, ces fraudes sont d’une banalité inquiétante, comme on peut le constater à la lecture du dernier rapport de l’Observatoire de la sécurité des moyens de paiement.

Selon les dernières données disponibles, concernant les transactions effectuées en 2018 (le rapport ayant été publié en juillet 2019 le prochain est attendu cet été), les fraudes sont en hausses.

Les statistiques calculées par l’Observatoire pour l’année 2018 portent ainsi sur 683,7 milliards d’euros de transactions réalisées en France et à l’étranger au moyen de 79 millions de cartes « interbancaires » émises en France (dont 58 millions de cartes sans contact).

439 millions d’euros fraudés sur les CB françaises

Après un recul en 2017, la fraude sur les paiements et retraits effectués en France et à l’étranger avec des cartes françaises est en augmentation en 2018 (+ 13,4 % par rapport à 2017) et s’élève à 439 millions d’euros pour un montant total de transactions de 704,4 milliards d’euros, en augmentation de 5,9 % par rapport à 2017.

En conséquence, le taux de fraude sur les cartes de paiement françaises se dégrade très légèrement et s’établit désormais à 0,062 %, contre 0,058 % en 2017. En clair, on ne déplore que 62 fraudes sur 100 000 transactions par CB. C’est plus que l’année d’avant, mais tout de même très rare. Parmi toutes ces fraudes, très peu concernent les paiements réalisées en France sur des terminaux de paiement électroniques (TPE), ou des retraits aux distributeurs français.

Si le nombre de fraudes rapporté au nombre de transaction est minime, la proportion de victimes de fraudes est plus inquiétante.

1,4 million de CB victimes de fraudes chaque année

Comme le note le rapport : « le nombre de cartes françaises pour lesquelles au moins une transaction frauduleuse a été enregistrée au cours de l’année 2018 s’élève à 1 358 819, ce qui représente une progression de 12 % par rapport à 2017 ». Ainsi, près de 1,4 million de CB sont victimes d’une fraude chaque année. A ce rythme, une large partie de la population a déjà été confrontée à ce fléau.

Le cœur du problème des fraudes CB ne porte pas tant sur les paiements par CB chez des commerçants en France, mais bien plus sur des paiements à distance à l’étranger, en particulier sur Internet, où les arnaques pullulent.

La fraude sur les paiements internationaux par CB a augmenté de 9,2% en 2018, pour atteindre 291,2 millions d’euros. Les fraudes sur les paiements internationaux représentent ainsi les deux tiers des fraudes (291,2 sur 439 millions de fraudes totales = 66,3%).

4,3 fois plus de fraudes sur les paiements CB internationaux

Certes, les autorités se félicitent que le taux de fraudes sur les paiements par CB internationaux diminue. Il est vrai que la hausse de ces fraudes (+9,2%) est inférieure à la progression des transactions internationales par CB (+13,4% en 2018). Résultat, le taux de fraude sur les paiements CB internationaux a diminué, passant de 0,281% à 0,27% en 2018. On déplore tout de même 270 fraudes pour 100 000 paiements CB internationaux, soit 4,3 fois plus que sur l’ensemble des transactions par CB.

En montant, l’Observatoire constate « que ce taux de fraude demeure toujours élevé au regard du montant des opérations concernées puisque les transactions internationales représentent 54 % du montant total de la fraude alors qu’elles ne comptent que pour 14 % de la valeur totale des transactions ».

Surtout, les CB françaises sont davantage victimes de fraudes sur des paiements à l’étranger, que des CB étrangères ne sont victimes de fraudes sur des paiements en France. En effet, la catégorie « fraudes sur transactions CB internationales » inclut les deux catégories. Mais en regardant dans le détail, les taux de fraudes sur les paiements à l’étranger sont encore plus élevés.

L’Observatoire constate « pour les cartes françaises, une légère augmentation du taux de fraude sur les opérations réalisées au sein de la zone SEPA 3 qui passe de 0,308 % en 2017 à 0,352 % en 2018, mais qui reste toutefois en-deçà de celui des transactions réalisées hors de l’espace européen SEPA, en diminution en 2018, à 0,438 % (contre 0,511 % en 2017) ».

Les Français qui payent par CB à l’étranger sont donc victimes de 352 fraudes sur 100 000 transactions en cas de paiement en zone euro (SEPA) et de 438 fraudes pour 100 000 hors zone euro. Ces fraudes incluent celles réalisées lors de paiements à distance, ou sur place (en voyage ou déplacement dans les pays concernés).

Internet et paiements à distance internationaux risqués

Zoomons encore un peu, pour observer cette fois les seuls paiements par Internet, p.28-29 du rapport :

« pour les cartes françaises, la hausse de la fraude sur les transactions effectuées au sein de l’espace européen SEPA est imputable aux transactions sur Internet dont le montant de la fraude qui s’élevait à 74,4 millions d’euros passe à 118 millions d’euros en 2018 avec un taux de fraude s’établissant à 0,594 % (contre 0,527 % en 2017) soit à un niveau trois fois et demie supérieur à celui pour ce type transaction au niveau national. À l’inverse, on observe une amélioration de la fraude sur les transactions réalisées en dehors de l’espace européen SEPA (50,3 millions d’euros, contre 60,3 millions d’euros en 2017) avec un taux de fraude à 0,438 % (contre 0,511 % en 2017) mais la fraude sur les paiements à distance, quant à elle, a progressé avec un niveau de fraude relativement élevé (1,168 %) ».

La fraude sur les paiements à distance hors zone euro atteint donc 1 168 fraudes pour 100 000 paiements, c’est presque vint fois plus que sur l’ensemble des transactions par carte (1168 sur 62 = 18,8).

Usurpation de CB

Concernant les types de fraudes, les escrocs procèdent principalement par usurpation des données de CB pour dépouiller leurs titulaires :

« L’usurpation de numéros de cartes pour réaliser des paiements frauduleux reste toujours la principale origine de la fraude (66 % en montant). Les techniques de fraude les plus utilisées en 2018 pour usurper les numéros de cartes demeurent celles de l’hameçonnage (phishing), et des logiciels malveillants (malwares). »

L’Observatoire livre quelques détails précieux sur le mode opératoire des pilleurs de CB :

« L’hameçonnage ou phishing repose généralement sur l’envoi de courriels usurpant des chartes visuelles et logos connus de leurs destinataires (par exemple un établissement de crédit) et invitant les victimes à se connecter à un site qui s’avère frauduleux. L’objectif est de collecter des données de la carte. »

« Les logiciels malveillants (malware) visent tant les serveurs des grandes entreprises que les ordinateurs personnels des particuliers, et, de manière croissante, les téléphones mobiles qui sont de plus en plus utilisés dans le cadre de transactions de paiement. L’un des « malwares » les plus répandus, connu sous le nom de « keylogger », permet ainsi d’enregistrer les touches frappées au clavier par la victime. Ces logiciels malveillants son généralement inoculés, à l’insu de l’utilisateur, au travers de sources apparemment de confiance. »

L’authentification 3D Secure avec code SMS n’empêche pas les fraudes

Une source constante de litiges entre les clients victimes de fraudes sur leur CB et leur banque concerne les débits frauduleux avec validation par un code d’authentification renforcé, adressé en principe au titulaire de la CB par SMS. En principe. Car en réalité, il arrive que des transactions frauduleuses soient effectuées avec utilisation d’un code d’authentification, sans que la victime du débit frauduleux n’ait jamais reçu le fameux code par SMS.

Ces fraudes sont doublement pénalisantes et traumatisantes pour les clients qui en sont victimes, car en plus du refus de remboursement, les banques mettent en doute la version des victimes. Or, malgré le progrès des authentifications renforcées, ces fraudes perdurent toujours, comme le confirme l’Observatoire de sécurité des moyens de paiement, même si elles restent heureusement assez rares :

« Le taux de fraude sur les transactions nationales authentifiées par le protocole 3D-Secure ressort à 0,07 % pour l’année 2018, quasi identique à celui de 2017 (à 0,06 %). Ce niveau est plus proche du taux de fraude observé sur la totalité des transactions nationales y compris de proximité (0,038 %), que du taux de fraude sur l’ensemble des paiements à distance (0,173 %). »

Les fraudes au distributeur existent

Certains litiges opposent parfois des clients à leur banque au sujet de fraudes CB portant sur des retraits aux distributeurs. Le client est certain de ne pas avoir effectué le retrait qui lui est débité, alors que la banque refuse de le croire et considère que le retrait litigieux n’a pu être effectué que par le client. Il ne pourrait y avoir en aucun cas, selon la banque, de retrait « frauduleux ».

Or, les fraudes CB aux distributeurs existent bel et bien, comme le pointe le rapport de l’Observatoire, p.29 :

« Le nombre de piratages de distributeurs automatiques de billets (DAB) a augmenté en 2018 avec 125 cas recensés, contre 76 l’an passé, mais celui-ci reste à un niveau relativement modéré eu égard à ceux constatés avant 2017. En 2018, il est observé une intensification des compromissions de DAB par la technique du « jackpotting » ainsi qu’une diversification des modes opératoires utilisés. Le jackpotting consiste à prendre le contrôle d’un distributeur en y connectant un ordinateur portable soit pour accéder aux données du calculateur du DAB soit pour lui injecter un malware. »

L’Observatoire des moyens de paiement donne ensuite de précieuses explications sur ce que les clients victimes de fraudes savent, mais que les banques contestent, à savoir que les données des CB piratées aux distributeurs sont exploitées pour dépouiller leurs titulaires :

« Quel que soit le type d’automates de paiement ou de retrait compromis, les données de carte de paiement ainsi obtenues par les réseaux criminels sont ensuite exploitées, soit pour contrefaire des cartes à piste magnétique qui seront utilisées pour des paiements et des retraits à l’étranger, principalement dans les pays où la technologie de carte à puce EMV est peu déployée, soit pour usurper des numéros de carte en paiement à distance, qui sont réutilisés principalement sur les sites de e-commerce qui n’ont pas mis en oeuvre l’authentification du porteur de la carte. »

Persistance des fraudes aux chèques

Alors que les paiements par chèques diminuent, ce moyen de paiement fait aussi l’objet de fraudes récurrentes.

« Depuis trois années consécutives, le chèque connaît une hausse des montants fraudés, lesquels atteignent 450 millions d’euros en 2018, ce qui représente une progression annuelle de 52 %. Par conséquent, dans un contexte de diminution des flux de paiement par chèque, le taux de fraude enregistre une hausse significative : il est à 0,0505 %, contre 0,0296 % en 2017. Ces données placent le chèque comme premier moyen de paiement le plus fraudé avant la carte de paiement (respectivement 43,1 % et 42,0 % en montant), pour une utilisation pourtant beaucoup moins intensive. En effet, le chèque n’est que le quatrième moyen de paiement scriptural en nombre de paiements annuel, et est ainsi utilisé 8,5 fois moins souvent que la carte. Le montant moyen d’un chèque fraudé remis à l’encaissement est également en légère progression, soit à 2 704 euros, contre 2 577 euros en 2017. »

« La fraude au chèque se caractérise par une progression des montants unitaires, soit 8 483 euros pour les chèques falsifiés, 4 540 euros pour les chèques contrefaits, 1 827 euros pour les chèques volés ou perdus, et enfin 5 277 euros pour les chèques détournés ou rejoués. »

« Faux vir » : les arnaques aux faux virements

Parfois connue sous le nom d’arnaque au président, les fraudes aux faux virements consistent alors généralement à manipuler des salariés dans des entreprises pour leur faire effectuer des virements, « sur ordre du président » ou par usurpation d’un autre responsable décisionnaire, sous couvert de prétextes bidon (faux projets de rachat d’entreprise ou d’investissement, etc.) au profits d’escrocs.

Les faux virements peuvent aussi relever d’intrusions dans les systèmes d’information et de piratages des comptes bancaires, pour prendre la main sur le compte de la victime et effectuer des virements frauduleux à son insu. Les particuliers peuvent en être victimes.

« En 2018, le montant total de la fraude sur les virements émis depuis un compte tenu en France s’élève à près de 97 millions d’euros, soit une en hausse de 24 % par rapport à 2017.  Les virements transfrontaliers subissent en proportion une fraude plus importante que les virements nationaux, et représentent près de 68 % des montants fraudés alors que les transactions transfrontalières ne comptent que pour 23 % des virements émis en montant. »

« Le faux virement, c’est-à-dire l’émission d’un ordre de virement par le fraudeur au moyen d’attaques informatiques, reste le type de fraude prédominant (52 % du montant total de la fraude aux virements, contre 54 % en 2017), suivi par le détournement (41 %, contre 42 % en 2017). »

« L’initiation de virement depuis l’espace de banque en ligne (sur internet ou via une application mobile) reste le canal le plus touché (42 % des montants fraudés en valeur en 2018, contre 38 % en 2017) »

En 2018, la fraude de type détournement au moyen de techniques d’ingénierie sociale a revêtu essentiellement les formes exposées ci-après.

La fraude au président : le fraudeur usurpe l’identité d’un haut responsable de l’entreprise pour obtenir d’un collaborateur la réalisation d’un virement urgent et confidentiel à destination de l’étranger. Pour ce faire, le fraudeur utilise des informations recueillies sur l’entreprise et ses dirigeants sur internet ou directement auprès des services de l’entreprise.

La fraude aux coordonnées bancaires : le fraudeur usurpe l’identité d’un fournisseur, bailleur ou autre créancier, et prétexte auprès du client, locataire ou débiteur, un changement de coordonnées bancaires aux fins de détourner le paiement des factures ou loyers. Le fraudeur envoie les nouvelles coordonnées bancaires par courrier électronique ou avec un courrier en bonne et due forme du créancier.

La fraude au faux technicien : le fraudeur usurpe l’identité d’un technicien informatique (de la banque, par exemple) pour effectuer des faux tests dans le but de récupérer des identifiants de connexion, provoquer des virements frauduleux ou encore procéder à l’installation de logiciels malveillants.

La fraude au faux conseiller bancaire : le fraudeur usurpe le numéro de téléphone du conseiller bancaire, généralement en période d’absence de ce dernier, et contacte le client pour obtenir des informations.

Prélèvements frauduleux

Cette dernière catégorie de fraude est moins fréquente, mais peut aussi arriver.

Deux méthodes de fraudes aux prélèvements sont particulièrement pernicieuses.

« Émission illégitime d’ordres de prélèvement (faux prélèvement) : le créancier fraudeur s’enregistre en tant qu’émetteur de prélèvement auprès d’un prestataire de services de paiement et émet massivement des prélèvements vers des IBAN qu’il a obtenus illégalement et sans aucune autorisation. »

« Usurpation d’IBAN pour la souscription de services (détournement) : le débiteur fraudeur communique à son créancier les coordonnées bancaires d’un tiers lors de la signature du mandat de prélèvement et bénéficie ainsi du service, sans avoir à en honorer les règlements prévus. »

Pour en savoir plus, consultez le site de l’Observatoire de la sécurité des moyens de paiement www.observatoire-paiements.fr

Moins de blocages pour les transferts de PEA

Par Gilles Pouzin
Alors que de nombreux épargnants ont profité de la baisse des marchés pour revenir en Bourse, c’est aussi l’occasion de transférer son PEA chez un courtier en ligne compétitif. (photo © GPouzin)

Transférer son PEA d’un établissement à un autre est souvent une étape importante pour reprendre en main la gestion de ses placements. En effet, sur plus de 6 millions de Plans d’épargne en actions encore ouverts depuis la création du PEA (en septembre 1992), l’immense majorité demeure dans des banques à réseau, dont les tarifs sont trop chers et l’offre de placements souvent limitée, notamment avec des gammes de fonds d’investissement maison peu performants.

Pour reprendre en main la gestion de son PEA, il est donc souvent approprié d’en demander le transfert chez un courtier en ligne, ou une banque en ligne, aux tarifs compétitifs. Cette démarche permet de conserver l’antériorité fiscale de son PEA, sans avoir à vendre tous les titres, ce qui est plus judicieux que de fermer son PEA pour en ouvrir un nouveau. L’établissement que l’on quitte prélève généralement des frais de transfert assez élevés, notamment des frais fixes par ligne de titres transférés. Mais la plupart des courtiers et banques en ligne proposent de prendre en charge ces frais, et vous les remboursent, afin de fidéliser de nouveaux clients.

Le problème pour transférer son PEA d’un établissement à l’autre est que cette opération peut subir des délais, parfois de plusieurs semaines ou plusieurs mois, pendant lesquels il est impossible d’intervenir sur son compte, ce qui est problématique pour gérer son portefeuille de façon efficace et réactive. En effet, le transfert d’une ligne d’actions peut être bloqué en cas d’opération sur titres (OST), par exemple en période d’OPA ou d’augmentation de capital. Or, le délai d’attente pour finaliser ces OST en cours, peut bloquer le transfert de l’ensemble du PEA.

Pire, dans certains cas, le transfert d’un PEA était tout simplement impossible quand il contenait des titres de sociétés non cotées, surtout si ces sociétés avaient fait faillite, car le titulaire du PEA ne pouvait pas le transférer sans l’accord écrit de la société dont il était actionnaire.

Près de la moitié des réclamations concernant les PEA portent sur leur transfert

D’une façon générale, le transfert de PEA est la principale source de réclamation concernant ce type de comptes. Les PEA représentent en eux-mêmes une source de litiges non négligeable, puisque 15% des recommandations rendues par la médiatrice de l’Autorité des marchés financiers (AMF) concernent les PEA. Mais les transferts sont à l’origine de près de la moitié de ces réclamations, selon le dernier rapport annuel de la médiatrice de l’AMF.

Comme l’explique son rapport : « le médiateur a constaté, depuis plusieurs années, des difficultés pour transférer des PEA comprenant des titres non cotés, ce qui est désormais facilité, pour les raisons exposées ci-après ; la loi PACTE, n° 2019-486 du 22 mai 2019, a, pour sa part et notamment à la suite de suggestions du médiateur de l’AMF, simplifié et assoupli les règles strictes qui s’appliquaient à cette enveloppe ; le nombre d’avis rendus en 2019 concernant un PEA est de 66 sur 451 avis, soit environ 15 % des avis, contre 13 % en 2018 (70 sur 523). Ce thème est le plus traité par le médiateur, après l’épargne salariale. En 2019, la plupart des dossiers concernant un PEA ont porté, comme l’année précédente, sur le transfert (30 avis sur 66, soit 45 %). »

Moins de blocages

Concernant les possibilités des transferts de PEA, elles ont pu être assouplies grâce à l’intervention de la médiatrice de l’AMF, comme elle l’explique dans son rapport 2020 : « Pour mémoire, en 2018, une réforme a été obtenue sur recommandation du médiateur. Elle permet la simplification du transfert des titres non cotés, en supprimant la nécessité d’obtenir l’accord de la société émettrice pour ce transfert. Cette proposition a fait l’objet d’un avis unanime du Comité consultatif du secteur financier (CCSF), publié le 12 septembre 2018 (voir Rapport annuel de 2018, page 17). Ce blocage était particulièrement gênant lorsque le titre non coté était logé dans un PEA, puisqu’il suffisait d’une ligne bloquante pour que l’ensemble du portefeuille logé dans le PEA ne puisse plus être transféré… ».

Alors que de nombreux épargnants ont profité de la baisse des marchés pour ouvrir de nouveaux comptes titres, ou raviver la gestion de leur portefeuille, trop de détenteurs de PEA sont encore tributaires des réseaux bancaires, qui prélèvent notamment des droits de garde prohibitifs. C’est l’occasion de demander un transfert de son PEA chez un courtier en ligne !

Les arnaques au trading supplantées par de nouvelles escroqueries

Par Gilles Pouzin

Le paradoxe avec les escroqueries est qu’il ne suffit pas de les interdire pour les faire disparaître. Tout au plus, les arnaques changent de visage quand elles ne peuvent plus bénéficier d’un emballage légal. C’est le cas des placements bidon. La décennie 2010 avait vu exploser l’industrie des escroqueries au trading forex. L’arnaque bénéficiait notamment d’un semblant de cadre légal, dans le cas des nombreux courtiers véreux revendiquant un agrément de l’autorité financière de Chypre.

Des mesures ont été prises pour endiguer ce fléau, ou tout au moins le rendre vraiment illégal. Depuis janvier 2017, la publicité pour le trading est en principe interdite grâce à l’entrée en vigueur de la loi Sapin II. Et depuis juillet 2018, les CFD (contrats sur différence) et les options binaires sont bannis dans toute l’Union européenne par une décision de l’autorité européenne des marchés financiers (AEMF, ou ESMA en anglais).

Grâce à ces interdictions, l’Autorité des marchés financiers a vu fondre le nombre de réclamations pour l’indemnisation amiable de ces arnaques, comme l’indique la médiatrice de l’AMF dans son dernier rapport annuel : « Pour la 4e année consécutive, le médiateur se réjouit de la forte diminution du nombre de dossiers reçus relevant de la thématique Forex et qui concernent les options binaires et les contrats sur différence (CFD) y compris les contrats financiers sur devises (Forex). Le nombre de dossiers reçus est passé de 51 à 14 soit une diminution de plus de 72 %. »

Pour ce qui concerne le trading, l’AMF compte encore moins de résolutions amiables des litiges. « S’agissant des sociétés agréées au sein de l’Union européenne, une médiation peut se mettre en place. Le médiateur a reçu 10 dossiers en 2019 (contre 40 en 2018), soit une baisse de 75%. Cette diminution amorcée en 2016 est principalement due aux mesures qui ont été prises au fil des années par l’AMF puis par l’ESMA », confirme la médiatrice.

En revanche, le gendarme boursier reçoit encore des réclamations d’épargnants victimes de certains sites de trading officiellement interdits. Problème, aucun espoir de récupération de pertes n’est possible, comme l’indique la médiatrice de l’AMF : « S’agissant des sociétés non agréées par un des régulateurs de l’Union européenne, le médiateur doit se déclarer incompétent. Le dossier doit alors être transmis au procureur (infraction pénale). Lorsqu’il est saisi d’un dossier de ce type, le médiateur, conformément à l’article 621-20-1 du code monétaire et financier, transmet le dossier directement aux services spécialisés de l’AMF qui, dans le cadre de la coopération avec les autorités judiciaires, en alertent le procureur de la République. »

Dès lors que les arnaques au trading sont illégales, les sites Internet et autres faux courtiers faisant disparaître l’argent des épargnants relèvent de fraudes pénales, et aucun espoir de médiation n’est possible pour espérer récupérer les pertes subies. L’argent est envolé et ne reviendra jamais.

La baisse des médiations dans ce domaine n’est donc pas forcément un signe qu’il y a moins d’arnaques à l’épargne à distance. Au contraire « le médiateur a observé une reconversion des escrocs vers des placements dans d’autres produits : les diamants en 2017 puis les crypto-actifs en 2018, les plateformes multi-produits ainsi que les usurpations de sociétés existantes en 2019 », explique son rapport annuel.

D’autre part, il est illusoire d’espérer récupérer son argent. L’indemnisation amiable n’a aucune chance d’aboutir, car il n’y a aucun moyen de pression sur les escrocs qui agissent de toute façon dans l’illégalité et la clandestinité. « Uune médiation ne peut être envisagée, insiste la médiatrice de l’AMF, puisque la société encourt des sanctions pénales relatives à l’exercice illégal de l’activité de prestataire de service d’investissement. Les épargnants contactant le service de l’AMF, Épargne Info Service, ne sont donc logiquement pas orientés vers la médiation. »

Quant à récupérer l’argent en faisant des procès aux escrocs, c’est une autre histoire. Il faudrait pour cela d’abord les coincer, et surtout mettre la main sur l’argent volé, qui s’est évaporé dans le labyrinthes des paradis bancaires et fiscaux aux quatre coins du monde.

Le Covid-19 accélère l’épidémie d’arnaques à distance

Par Gilles Pouzin
Profitant de leur isolement, les escrocs tendent de nombreux pièges aux épargnants et aux consommateurs.

Rien de tel qu’une crise pour aiguiser l’appétit des escrocs. En ces temps perturbés, de nombreux arnaqueurs profitent de l’isolement et de la vulnérabilité des Français pour multiplier les escroqueries à l’épargne, arnaques à la consommation en tout genre, ou fausses collectes de dons.

Après les arnaques au trading forex, diamants, Bitcoin et autres faux livrets à 6%, les autorités financières signalent une recrudescence de propositions de placements présentés comme une valeur refuge au travers de biens tangibles (tels que l’or, les métaux précieux, les grands crus ou même whiskys, etc.), qui sont évidemment de pures escroqueries.

Après une première mise en garde au début du confinement avec l’autorité des marchés financiers (AMF), l’autorité de contrôle du secteur bancaire (ACPR) et la direction générale de la répression des fraudes (DGCCRF), alertent à nouveau les épargnants et consommateurs contre la multiplication des pièges qui leurs sont tendus.

Communiqué de l’AMF et de l’ACPR du 26 mars 2020

L’Autorité des marchés financiers (AMF) et l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR), dans le cadre de leurs missions respectives de protection de l’épargne et des clients des secteurs de la banque et de l’assurance, appellent le public à la plus grande vigilance face au risque d’escroqueries dans le contexte de l’épidémie de covid‑19 et de repli des marchés financiers.

Ces offres frauduleuses sont susceptibles de prendre diverses formes, par exemple des propositions de placements présentés comme une valeur refuge au travers de biens tangibles (tels que l’or, les métaux précieux, les grands crus ou whiskys, etc.), de faux produits bancaires ou d’assurance cumulant des caractéristiques très attractives (rendement élevé et absence de risque, rapidité de souscription et absence de vérification du profil de l’emprunteur, etc.), d’appels frauduleux aux dons ou encore d’investissements dans des entreprises, cotées en bourse ou non, supposées tirer profit de l’épidémie et voir leur valorisation augmenter.

Dans cette période où les Français doivent se confiner à leur domicile et font un usage accru d’Internet, l’AMF et l’ACPR les invitent à redoubler de vigilance face aux campagnes de démarchage téléphonique, aux courriels frauduleux soi-disant adressés par un tiers de confiance (banque, administration, fournisseur d’énergie, etc.) mais aussi aux bannières publicitaires en ligne renvoyant vers des formulaires à remplir. Les escrocs recourent à ces techniques dans le but de collecter des données personnelles (coordonnées téléphoniques, données de carte ou identifiants bancaires, informations sur les placements actuels et le patrimoine, etc.), qui seront ensuite utilisées dans le cadre de fraudes (achats à distance, usurpations d’identité, etc.) ou à des fins de démarchage agressif ou manipulatoire dans le cas d’arnaques financières.

Communiqué de l’ACPR et de la DGCCRF du 7 mai 2020 :

Escroqueries : l’ACPR et la DGCCRF coopèrent et appellent à la plus grande vigilance face à la recrudescence des appels frauduleux aux dons en lien avec le Covid-19

Face aux risques d’appels frauduleux aux dons liés au contexte de l’épidémie de Covid-19, l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) et la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) se mobilisent ensemble et appellent les acteurs du financement participatif ainsi que le public à la plus grande vigilance.

Ces escroqueries peuvent prendre différentes formes. Des appels aux dons ou des cagnottes solidaires à destination du public peuvent être organisés par des entités ou des sites internet non autorisés à exercer cette activité en France. Des escrocs peuvent également tenter de recourir à des cagnottes mensongères, dont ils demandent la mise en ligne sur des sites de financement participatif de dons dûment enregistrés, pour tromper le public et détourner les sommes collectées.

Fortes de leurs pouvoirs respectifs de contrôle, l’ACPR et la DGCCRF ont décidé d’associer leurs actions pour mieux protéger les consommateurs. Les autorités ont ainsi d’ores et déjà invité les intermédiaires en financement participatif proposant des cagnottes en ligne liées au Covid-19 à :

–       faire preuve de la vigilance la plus stricte face au risque d’être utilisés par des escrocs pour relayer des appels frauduleux aux dons ;

–       s’assurer du respect des obligations de sélection des cagnottes préalablement à leur mise en ligne et à la qualité de l’information fournie aux potentiels donateurs sur les projets et les porteurs de projets. Ces informations doivent notamment porter sur les conditions d’éligibilité, les critères d’analyse et de sélection des projets et des porteurs de projets.

Les intermédiaires en financement participatif ainsi que les prestataires de services de paiement qui assurent la gestion des flux financiers associés aux cagnottes en ligne doivent également veiller à ce que leurs procédures et dispositifs de contrôle garantissent le respect des obligations d’identification, de vigilance constante et de déclaration prévues en matière de lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme, de l’entrée en relation jusqu’au versement des fonds collectés au bénéficiaire.

L’ACPR et la DGCCRF souhaitent également rappeler aux personnes qui veulent contribuer à des actions de solidarité liées au contexte de l’épidémie de Covid-19, les précautions à prendre et les mesures de vigilance à respecter avant de réaliser un don via une cagnotte en ligne :

–       obtenez un socle minimal d’informations sur l’entité qui vous propose ce service (dénomination sociale, pays d’établissement, adresse du siège social, numéro d’immatriculation, site internet…) et vérifiez systématiquement qu’elle est autorisée en consultant le site internet de l’ORIAS, le registre des intermédiaires du secteur financier ;

–       vérifiez que la participation au financement du projet vous est proposée depuis le site internet d’une plateforme dédiée, régulièrement autorisée à exercer son activité, et sur laquelle vous vous êtes inscrit au préalable. Si vous avez été démarché par des opérateurs vous invitant à procéder directement par le biais d’un virement sur un compte bancaire au financement d’un projet, il s’agit sans doute d’une pratique frauduleuse. La réglementation applicable encadre strictement les possibilités de démarchage pour ces opérateurs ;

–       consultez la liste noire publiée par l’ACPR sur le site internet Assurance Banque Épargne Info Service (www.abe-infoservice.fr) et vérifiez que le site ou l’entité n’y figure pas ;

–       assurez-vous de disposer d’informations suffisantes sur le projet et le porteur de projet. Un contrat-type doit être mis à votre disposition, ainsi que l’adresse et le numéro de téléphone du service de réclamation. En cas de doute ou en l’absence d’informations précises, n’effectuez aucun don.

La hausse des marchés réduit les réclamations auprès du médiateur de l’AMF en 2019

Par Gilles Pouzin
Services du Médiateur de l’Autorité des marchés financiers (AMF), 4 Place de la Bourse, à Paris (photo © GPouzin)

On a moins de motifs de se plaindre des intermédiaires en placements quand on gagne de l’argent. C’est un des constats tirés par la médiatrice de l’Autorité des marchés financiers (AMF), Marielle Cohen-Branche, dans son rapport annuel 2019 publié ce matin.

« La circonstance que les bourses européennes ont fait un bond de 26 % (indice EuroSTOXX50), et enregistré ainsi leur meilleure performance depuis 1999, n’est pas étrangère à la baisse de 11 % du nombre des dossiers reçus en médiation en 2019 (1295 contre 1438). Il n’est pas étonnant, dès lors, que les griefs relatifs aux mauvaises informations et conseils ne représentent plus qu’un quart des demandes au lieu d’un tiers environ », explique la médiatrice dans son rapport.

La baisse des réclamations liées aux mauvais conseils serait donc particulièrement sensible en période de hausses des cours, car les épargnants ont moins l’occasion de découvrir qu’on leur a conseillé des placements inadaptés à leur situation leur ayant causé un préjudice.

En passant d’environ un tiers des demandes médiation en 2018 à un quart en 2019, la baisse des réclamations liées aux mauvaises informations et conseils aurait ainsi chuté d’environ 33%.

Deux fois moins de réclamations irrecevables par Internet

D’une façon générale, les épargnants sont aussi mieux orientés lors du dépôt de leurs réclamations, ce qui réduit fortement les demandes de médiation en dehors du champ de compétence de l’Autorité des marchés financiers. En effet, la répartition des rôles entre les différents médiateurs est un vrai labyrinthe pour le grand public. Comment savoir qu’une réclamation sur un fonds d’investissement relève de l’AMF, mais qu’elle sort de son champ de compétence, et qu’il faut s’adresser au médiateur de l’assurance, quand ce même fonds d’investissement est souscrit dans le cadre d’un contrat d’assurance-vie multisupports ?

« Il est en effet très difficile pour les épargnants de distinguer ce qui relève d’un placement bancaire (épargne réglementée, compte à terme) ou d’assurance (contrat d’assurance vie en euros ou en unités de compte) et ce qui constitue un placement financier (bourse, OPC, tracker, SCPI, FCPI, FIA, PEA, etc) », détaille la médiatrice de l’AMF.

La baisse des réclamations irrecevables est donc un soulagement, comme l’explique le service de médiation dans son rapport : « cette dernière évolution résulte de la mise en place courant 2018 d’un filtrage par une série de questions pour les saisines par formulaire sur internet. Ainsi les dossiers reçus par ce canal et hors du champ de compétence du médiateur de l’AMF ont baissé de 46 % en 2017 à 27 % en 2018 et 22 % en 2019 ».

Les questions posées aux épargnants à la saisie, sur le site internet de l’AMF, du formulaire de demande de médiation, éclairées par des exemples concrets, sont les suivantes : votre litige est de quel ordre (bancaire, assurance vie, fiscal, crédit, financier) ? Votre litige a-t-il été examiné par un autre médiateur ? Par un tribunal ? Avez-vous déposé plainte ? Avez-vous formulé une réclamation écrite préalable auprès de l’établissement concerné ? À quelle date ?

En deux ans, grâce à ce questionnaire, la proportion de réclamations irrecevables reçues par Internet a été divisée par plus de deux ! De plus, les épargnants dont les réclamations ne sont pas recevables sont mieux orientés vers les guichets compétents en fonction de leurs réponses.

Deux tiers des réclamations irrecevables du ressort des banques

Toutes réclamations confondues, le nombre de saisines irrecevables n’a pourtant baissé que de 13% l’an dernier, passant de 631 demandes irrecevables reçues en 2018 à 551 en 2019. Sur ce demi-millier de réclamations hors compétence de l’AMF, deux tiers relevaient du secteur bancaire, et une sur six du secteur de l’assurance.

Certes, des progrès restent à faire, mais les habitudes ont la vie dure, car trop peu d’épargnants mécontents ont recours à Internet pour saisir le médiateur.

« Pour que cette tendance progresse encore, il faudrait que les épargnants utilisent davantage le formulaire disponible sur le site de l’AMF pour saisir la Médiation, explique le rapport. Ce canal de saisine ne représente que 27 % des demandes. Malheureusement, les épargnants continuent très majoritairement de saisir la Médiation par courrier postal (73 %) et ces proportions n’évoluent guère d’une année à l’autre. »

Certains renoncent peut-être à déposer leurs réclamations sur Internet parce qu’ils n’ont pas d’ordinateur, ou par manque de moyens pour scanner leurs documents et compléter leur dossier.

En observant le comportement des internautes sur son site, le service de médiation de l’AMF a ainsi remarqué « que seuls 11 % des visiteurs déclarent avoir satisfait aux différentes conditions de recevabilité et que seuls 50 % de ces demandeurs potentiels envoient effectivement le formulaire et passent ainsi à l’acte », note le rapport.

Si le filtrage effectué par Internet est plus efficace pour éviter les saisines irrecevables, il évite aussi aux épargnants déçus de perdre leur temps à constituer de fastidieux dossiers qui n’auraient aucune chance d’aboutir.

Peu de déceptions malgré une minorité de gains de cause

Avec la baisse des réclamations, le nombre de litiges résolus par la médiation de l’AMF a aussi baissé de 14% l’an dernier, passant de 523 propositions de solutions amiables en 2018 à 451 en 2019. Recourir à la médiation est un bon moyen de vérifier si l’on est dans ses droits quand on demande réparation d’un préjudice. Quand les intermédiaires financiers sont en tort, la médiatrice de l’AMF parvient généralement à obtenir une proposition de réparation amiable. Elle parvient même à obtenir un dédommagement « en équité », dans des situations où le bon sens et la bonne foi doivent l’emporter bien qu’une application minimaliste du droit ne plaide pas pour le consommateur. Certes, quelques rares établissements refusent systématiquement toute négociation, comme le pointe la médiatrice à propos de Nestadio Capital, une société de gestion de Fonds communs de placement dans l’innovation (FCPI) et Fonds d’investissement de proximité (FIP).

Dans l’ensemble, quand la médiation est favorable aux épargnants, la proposition de règlement amiable recommandée par l’AMF est acceptée dans 97% des cas par les protagonistes du litige, épargnants et professionnels. Les consommateurs n’ont cependant gain de cause que dans une minorité de cas. En 2019, seuls 41% des litiges ont été résolus en faveur du demandeur. Dans 59% des cas, la médiatrice de l’AMF n’a pu proposer un règlement en faveur des épargnants, car le droit n’était pas de leur côté. Dans bien des situations, les consommateurs comprennent mal les règles et les raisons de leur préjudice, sans qu’ils aient pour autant été lésés, ou que la responsabilité des intermédiaires soit en cause.

« Un taux de recommandation favorable élevé ne peut être un objectif en soi puisque le sens de la recommandation dépend des caractéristiques intrinsèques du dossier, c’est-à-dire du bien fondé de la demande », rappelle la médiatrice dans son rapport.

Dans les cas où la médiation n’est pas favorable aux épargnants, la médiatrice doit effectuer un gros travail de pédagogie pour leur expliquer les raisons de sa recommandation. Chaque mois, elle décortique aussi un cas de médiation anonymisé dans le Journal de bord du médiateur, afin d’aider les internautes à comprendre les enjeux de ses décisions. Globalement, ces explications permettent aux épargnants de comprendre et d’accepter les recommandations de la médiatrice, même quand elles ne sont pas favorables. Résultat, « seulement 4 % des propositions défavorables aux épargnants sont contestées par ces derniers », précise le rapport.

Quelle que soit l’issue des réclamations, la médiation de l’AMF permet en tout cas d’y voir plus clair, de mieux comprendre ses droits, et d’avoir une solution acceptable, même quand elle n’est pas toujours favorable.

Pour déposer une réclamation en ligne auprès du médiateur de l’AMF, suivez ce lien.

Coronarivus: les épargnants ont acheté davantage d’actions en mars 2020

Par Gilles Pouzin
Contre toute attente, les petits actionnaires ont gardé leur sang froid pendant la crise du Covid-19, augmentant leurs achats d’actions pendant la baisse de mars 2020. (photo © GPouzin)

Une récente étude de l’Autorité des marchés financiers (AMF) bouscule les idées reçues sur le comportement des épargnants en temps de crise. Par le passé, les particuliers avaient tendance à investir davantage après les périodes de hausse et à fuir les placements en actions en période de baisse. Or, l’étude réalisée par le gendarme boursier semble indiquer que les épargnants ont cette fois-ci gardé leur sang froid.

Compte tenu des fluctuations brutales observées sur les marchés avec le la crise créée par la pandémie de Covid-19, l’Autorité des marchés financiers (AMF) a souhaité étudier le comportement des investisseurs particuliers sur les marchés actions. L’indice CAC 40 avait d’abord plongé de près de 40% entre le 19 février et son creux du 18 mars, avant de regagner 25% en dix jours.

Grâce au reporting des transactions issu de la directive MIF2, il est possible d’étudier les comportements des clients particuliers des établissements français sur cette période de crise, et de les comparer aux mouvements observés en 2019.

Premier constat : « Les achats d’actions françaises par des particuliers ont été multipliés par 4 au mois de mars 2020, dans un volume global multiplié par 3 », notent les auteurs de l’étude, Stephen Frenay et Christophe Bonnet. Deuxième bonne nouvelle, les rangs des investisseurs individuels se sont regarnis : « plus de 150 000 nouveaux investisseurs ont acheté des actions du SBF 120 au mois de mars 2020 », note l’AMF. Ils rajeunissent aussi la moyenne, puisque « ces nouveaux clients ont entre 10 et 15 ans de moins que les investisseurs habituels sur actions françaises. Ils ont investi des montants plus réduits que les investisseurs habituels (ce qui est cohérent avec les volumes habituellement traités en fonction de l’âge des investisseurs). »

Prises de bénéfices en 2019

La tendance en 2019 était au désinvestissement (-115 millions d’euros par semaine en moyenne, soit 5,9 milliards d’euros sur l’ensemble de l’année), note l’étude, même si l’introduction de la FDJ en bourse avait amené de nombreux nouveaux investisseurs en actions (environ 340 000 investisseurs n’ayant effectué aucune transaction sur instrument financier depuis le 1er janvier 2018).

En 5 semaines pendant la crise du Covid-19 (semaines 10 à 14 de 2020), un solde positif de l’ordre de 3,5 milliards d’euros a été investi par des particuliers dans les actions du SBF120. Dans des volumes globaux sur Euronext Paris multipliés par 3 par rapport à une moyenne 2019, les achats des particuliers ont été multipliés par 4.

En 2 ans, sur les années 2018 et 2019, 1 100 000 clients particuliers ont acheté des actions du SBF120. (sur ces deux ans, si on enlève la semaine de l’introduction FDJ, 750 000 clients particuliers avaient acheté des actions). En 6 semaines, entre le 24 février et le 3 avril, 580 000 clients particuliers ont acheté des actions du SBF120. Parmi ceux-ci, on compte plus de 150 000 clients particuliers n’ayant effectué aucune transaction en direct sur instrument financier en 2018 et 2019. Ces « nouveaux » investisseurs présents majoritairement entre le 9 et le 27 mars ont donc représenté 27% des particuliers acheteurs d’actions. Ils ont également représenté jusqu’à 20% des montants investis en actions par des particuliers.

14% de nouveaux actionnaires attirés par la baisse des cours

Les nouveaux investisseurs représentent près de 14% en moyenne du nombre d’investisseurs sur actions du SBF 120 en 2018 et 2019. Ils sont beaucoup plus jeunes que les investisseurs habituels, entre 10 et 15 ans de moins en moyenne sur l’ensemble des établissements.

Cette tendance est globale pour tous les établissements. Pour les courtiers en ligne, dont la clientèle habituelle est sensiblement plus jeune que celle des autres établissements, ces nouveaux investisseurs représentent près de 20% de leur clientèle 2018-2019 et ont moins de 40 ans en moyenne.

Au total, le nombre d’investisseurs actifs sur les actions françaises s’établirait donc autour de 1,25 million, soit 153 000 de plus qu’en 2018-2019.

Tous établissements confondus, les montants médians des nouveaux investisseurs sont 2 fois inférieurs à ceux des investisseurs historiques. Les montants investis dans les banques traditionnelles sont plus importants que les montants investis via les courtiers en ligne, que ce soit pour les clients historiques ou pour les nouveaux investisseurs.

Rajeunissement et montants plus modestes

Globalement la capacité d’investissement croît avec l’âge. Les montants médians à l’achat sont relativement stable pendant la période de crise. Les médianes des montants à la vente présentent tout de même une hausse notable pendant la crise avec un pic en semaine 9, reflétant une rotation plus importante des portefeuilles liée à l’accroissement de la volatilité.

Les transactions médianes hebdomadaires pour les clients entre 35 et 50 ans sont proches de 2 000 euros alors qu’elles sont de l’ordre de 3 000 euros pour les 50 ans et plus.

Au cours des 6 semaines d’étude, le nombre d’investisseurs actifs au moins une fois à l’achat sur des titres du SBF 120 a été de 580 000. Ces achats ont été répartis sur 2,06 millions de couples (Titre, Personne), soit une moyenne de 3,5 titres différents par investisseur. Les investisseurs historiques, qui ont investi plus en moyenne, l’ont également fait sur un nombre de titres plus importants (3,8 titres en moyenne contre 2,8 pour les nouveaux investisseurs).

Des acheteurs opportunistes après deux années peu actives

Les clients peu actifs en 2018 et 2019 (moins de 20 transactions) représentent jusqu’à 40% des achats effectués au mois de mars 2020 (contre moins de 10% sur toute l’année 2019 à l’exception de la semaine de l’introduction de FDJ). On observe aussi la présence marquée des moins de 50 ans pendant la période de crise par rapport à l’avant-crise.

Un espoir pour les fonds d’investissement et l’assurance-vie en ligne

La bonne surprise pour les gérants d’actifs est que la collecte d’assurance-vie en unités de compte a aussi mieux résisté jusqu’ici que par le passé. Selon un sondage Ifop/Cecop de février 2020, avant le krach de mars, 45% des épargnants estimaient que les placements en actions étaient intéressants (contre 29% en 2016) et 24% déclaraient leur intérêt pour les fonds d’investissement. Avec la crise, on aurait pu craindre une forte chute de la collecte d’assurance-vie en unités de compte, comme au cours des crises antérieures. Lors du krach de 2001, la part des unités de compte avait chuté à 16% des versements en octobre 2001. Et avec la crise bancaire de 2008, la part des unités de compte avait même plongé à seulement 7% de la collecte en février 2009. Pour l’instant, les épargnants français semblent néanmoins garder leur sang froid. Sur le premier trimestre, les versements sur les supports unités de compte représentent 11,6 milliards d’euros, soit 36 % des cotisations.

La crise du Coronavirus accélère aussi le développement des canaux de distribution en ligne. Alors que les agences bancaires sont fermées, beaucoup d’épargnants ont des difficultés pour accéder pleinement à la gestion de leurs comptes et placements en ligne. Les plus actifs se tournent vers les courtiers en ligne. Alors que 61% des épargnants étaient déjà à l’aise avec la consultation et la gestion de leur épargne en ligne avant la crise, 12% ont réalisé qu’il leur était indispensable de pouvoir consulter et gérer leur épargne en ligne depuis le confinement, tandis que 8 % déclarent s’être familiarisés avec succès avec ces outils, selon un sondage réalisé en avril par Kantar pour le courtier mes-placements.fr. Chez le courtier Placement-direct.fr, filiale de Swiss Life, les souscriptions en ligne ont été multipliées par trois depuis le début de l’année, par rapport à 2019, avec une accélération depuis le confinement instauré mi-mars.

Retrouvez l’étude complète de l’AMF ici.

Bourse : chaque titulaire d’un compte-titres joint doit être en mesure de passer un ordre d’achat dans le cadre d’une offre à prix ouvert (OPO)

Par Marielle COHEN-BRANCHE
L’Autorité des marchés financiers (AMF) propose un service de médiation gratuit pour régler les litiges à l’amiable avec les intermédiaires financiers. (photo © GPouzin)

Chaque mois, le médiateur de l’Autorité des marchés financiers (AMF) décrypte un cas pratique de médiation et les leçons concrètes qu’on peut en tirer. Ce mois-ci (4 mai 2020) :

Bourse : chaque titulaire d’un compte-titres joint doit être en mesure de passer un ordre d’achat dans le cadre d’une offre à prix ouvert (OPO)

Toute personne physique habilitée à émettre un ordre d’achat dans le cadre d’une offre à prix ouvert (OPO) et titulaire d’un compte-titres permettant l’achat d’actions doit pouvoir passer son ordre auprès de son intermédiaire financier.

Tel est également le cas pour chaque personne physique titulaire d’un compte-titres joint comme présenté dans ce dossier du mois.

Les faits

M. L. était détenteur, avec sa conjointe, Mme L., d’un compte-titres joint.

M. et Mme ont souhaité participer à l’offre publique de vente de la Française des jeux (FDJ), dans le cadre de l’offre à prix ouvert (OPO), procédure réservée aux investisseurs individuels qui a eu lieu du 07/11/2019 au 19/11/2019. M. L. a viré les sommes nécessaires sur son compte-titres joint à cet effet.

M. L. souhaitait donc passer deux ordres, l’un pour lui-même et l’autre au nom de sa conjointe.

Il a passé un premier ordre A (ordre prioritaire). Il a ensuite tenté de passer un second ordre, au nom de sa conjointe, sans succès.

Prenant contact avec son teneur de compte, ce dernier l’informe qu’il ne pouvait pas passer plus d’un ordre depuis son compte, leur logiciel interne ne le permettant pas.

En définitive, M. L. n’a pu passer qu’un seul ordre pour lequel il a été servi de 117 actions FDJ conformément au taux d’allocation publié par Euronext à l’issue de l’OPO.

Lire la suite ici : sur le Journal de bord du médiateur de l’Autorité des marchés financiers.

Quel est l’impact du coronavirus sur l’économie ?

Par Gilles Pouzin
Anticiper l’ampleur de la crise en cours est un défi. Comment la comparer au passé ? (photo © GPouzin)

Les mesures prises pour endiguer la propagation du coronavirus sont très pénalisantes pour l’économie. Ces mesures sans précédent paralysent en effet de nombreux secteurs de production de biens et services qui sont à l’arrêt. Une semaine après la mise en œuvre du confinement, les économistes ont planché sur de premières estimations de son impact, en partant de l’exemple de la Chine, qui expérimentait déjà cette situation depuis le confinement instauré à Wuhan à partir du 23 janvier 2020. « Les rares indicateurs disponibles en provenance de Chine depuis le début du confinement nous ont donné une idée du degré de paralysie subi par ce premier pays à y avoir eu recours », indiquait Véronique Riches-Flores le 23 mars. Du côté de la demande, elle notait une chute de 80 % à 90 % des ventes automobiles, des transactions immobilières et du trafic de passagers au niveau national, ou encore de la consommation de charbon. Au niveau de l’offre, elle observait un retrait de 50 % minimum de la production de voitures, d’habillement, de ciment au cours des deux premiers mois de l’année par rapport à la moyenne des quatre années précédentes sur la même période de l’année. Cela n’incluait pas le mois de mars encore plus mauvais avec l’intensification de l’épidémie. Au final, on apprenait mi-avril que l’économie chinoise a vu chuter son PIB de 6,8 % sur un an au 1er trimestre 2020.

En France, l’Insee a publié une première estimation de l’impact du cantonnement sur l’économie le 26 mars. Voici son décryptage livré par l’IEIF le 2 avril : « Côté offre, la baisse d’activité instantanée sur le PIB est de l’ordre de 35 %. La contribution la plus élevée, à hauteur de 20 points, est sur les services marchands (36 % de baisse, 56 % du PIB). Cette estimation conforte l’observation de l’industrie immobilière via l’arrêt des activités des locataires dans l’hôtellerie, la restauration et les commerces. La perte d’activité la plus violente est liée au secteur de la construction (baisse de 89 %, 6 % du PIB), suivie par celle de l’industrie hors agroalimentaire (baisse de 52 %, 12 % du PIB). Les secteurs des services non marchands et de l’industrie agroalimentaire sont relativement moins impactés. Face à cette situation, les garanties de prêts de l’Etat sont de l’ordre de 15 % du PIB avec pour objectif de maintenir solvables la plupart des entreprises.

Côté demande, la baisse de la consommation est aussi de l’ordre de 35 %. La contribution la plus élevée, à hauteur de 33 points, est sur les biens durables (60 % de baisse) et les services marchands (33 % de baisse). Les seules dépenses en hausse sont liées au secteur alimentaire.

Au total, pour l’Insee, l’effet d’un mois de confinement sur le PIB annuel serait de -3 % et de -6 % pour un confinement de deux mois. La situation est plus ou moins la même en zone euro et pour l’ensemble des pays européens ».

Mi-avril, le Fonds monétaire international (FMI) a publié des prévisions encore plus sombres. Le FMI prévoit une chute de 3 % du PIB mondial en 2020, la plus grave récession depuis la Grande Dépression de 1929. La zone euros serait la plus pénalisée, avec une chute de PIB de 7,5% en moyenne, dont une récession de -6,5% au Royaume-Uni. Les Etats-Unis verraient aussi leur PIB chuter de 5,9 %. Le FMI prévoit une récession de -7,2 % en France, mais la Banque de France prévoit pour sa part une chute d’au moins 8% du PIB cette année. Cette dépression serait près de trois fois plus grave qu’en 2009, lors de la crise bancaire, quand le recul du PIB avait atteint 2,9% en France.

L’économie irait-elle mieux sans confinement ?

Par Gilles Pouzin
Alors que Trump incite les Américains à rompre le confinement décidé par chaque Etat, est-ce une bonne idée pour l’économie ? (photo © GPouzin)

La grave crise économique en cours est la conséquence directe du confinement mis en œuvre pour endiguer la propagation du coronavirus, et la pandémie de Covid-19 aux effets mortels pour une proportion importante des personnes contaminées. Le confinement pénalise la grande majorité des activités, même si certaines souffrent plus que d’autres, en particulier tous les secteurs durablement fermés pour éviter la promiscuité, comme les hôtels, cafés, restaurants, spectacles, etc. De nombreux commerçants et artisans sont en situation très difficile, tout comme beaucoup de petites et moyennes entreprises. Par contrecoup, les salariés souffrent aussi. Le FMI prévoit une explosion de 40% du taux de chômage dans la zone euro, qui grimperait de 6,6% en 2019 à 9,2% cette année, tandis qu’il serait multiplié par trois aux Etats-Unis, à 10,4%.

Dans ce contexte, beaucoup s’interrogent. Faut-il sacrifier la croissance, au prix d’une grande détresse économique pour beaucoup, pour freiner la pandémie ? Même s’il semble bénin pour 85% des malades, le Covid-19 est fatal à de nombreux autres. Au 17 avril, on recensait plus de 2 millions de malades dans le monde et près de 150 000 décès, dont plus de 18 000 en France. Certains pays ont d’abord exclu de passer en confinement, comme la Grande Bretagne, avant de s’y résoudre. D’autres pratiquent une forme de confinement qui ne dit pas son nom, comme aux Pays-Bas, où les rassemblements de plus de deux personnes sont passibles d’amendes dissuasives (de 400 à 4000€).

Comparer le coût économique du confinement et le coût humain de la pandémie sans ces mesures est pourtant un débat trompeur. Premièrement, il est illusoire de croire qu’il suffirait d’arrêter le confinement pour que l’économie fonctionne normalement. « C’est un faux choix, explique l’économiste américaine Julia Coronado. Si l’on arrêtait le confinement et que la pandémie continuait, non seulement il y aurait plus de morts, mais les gens manqueraient de confiance pour reprendre une activité normale. »

Deuxièmement, la crise serait pire, comme l’explique le directeur du Centre pour les médias et la citoyenneté de l’université de Virginie, Siva Vaidhyanathan. « La dépression économique mondiale déclenchée par les décès de millions de personnes sur chaque continent dépasserait notre imagination », expliquait-il récemment dans The Guardian.

Même si son coût est exorbitant, le confinement et les mesures de distanciation sociale contre la propagation du coronavirus semblent encore les meilleures solutions pour préserver l’économie à long terme, jusqu’à la découverte d’un vaccin ou d’un remède.

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